Le Cercle

Le_Cercle

Une piqûre de rappel, ça ne fait jamais de mal ! N’oublions pas Jafar Panahi, réalisateur iranien engagé pour l’égalité des sexes en Iran (entre autres) condamné à 6 ans de prison dans son pays et accablé d’une interdiction d’en sortir et d’y réaliser le moindre film pendant 20 ans… Rappelons également les raisons vaseuses pour lesquelles il a été condamné (je cite son avocate Farideh Gheyrat) : « participation à des rassemblements et pour propagande contre le régime »… Un comble quand on sait que le pouvoir en place en Iran a fait de la propagande et de la peur ses deux armes favorites pour faire taire le peuple…

Jafar Panahi a choisi le cinéma, entre autres « vecteurs », pour défendre l’égalité femme/homme en Iran. Et nous ne pouvons que l’en remercier ! D’une part, parce que son combat est nécessaire et, d’autre part, parce qu’il est un réalisateur de très grand talent. Le Cercle nous raconte l’histoire de plusieurs femmes face aux lois sexistes et archaïques de l’Iran : une mère en train d’accoucher, des fugitives évadées de prison, une ancienne prisonnière devenue infirmière, une mère « voulant » abandonner son enfant et une prostituée (il faut oser mettre en scène une prostituée dans un film iranien !). Formellement, le film est remarquable et original ! Le réalisateur d’Hors jeu (autre grand film sur la condition féminine en Iran) nous « balade » à travers Téhéran avec le principe suivant : on suit les pérégrinations d’une femme en mauvaise situation qui, au bout d’un moment, en rencontre directement ou indirectement une autre que l’on va à son tour suivre, … … Et ainsi de suite plusieurs fois. A la fin, en suivant le parcours de la dernière femme mise en scène dans le film (la prostituée) qui finit en prison, on retrouve toutes nos malheureuses héroïnes précédentes enfermées dans la même cellule ! A l’exception de la toute première, la femme qui accouchait d’une fille (malheur à elle !) au début du film, dont on apprend à ce moment-là qu’elle a été transférée ailleurs… Tout ça parce qu’elle a eu une fille… Horrible ! Cette boucle ou « ronde » des héroïnes donne probablement son nom au titre du film, Le Cercle... Qui est aussi une figure géométrique, « parfait » symbole de l'enfermement et de la non-évolution caractérisant la situation des femmes en Iran. Rien n'est laissé au hasard ! Revenons sur le générique de début, très intéressant… On découvre le casting du film sur un fond noir tout en entendant les cris de douleurs d’une femme (on ne sait pas encore qu’elle accouche, on le devine au bout d’un moment…). A la fin du générique, une véritable souffrance, on entend comme une lourde sentence : « C’est une fille. »… Dès le générique, tout est dit. Certains reprocheront peut-être à Panahi l’aspect vaguement « artificiel » du film (le fait de concentrer différentes illustrations de discrimination féminine en une seule histoire dans laquelle tout le monde se croise et finit dans la même cellule de prison) mais il s’agit ici, bien entendu, d’appuyer une démonstration, de révéler les rouages concrets de cette abominable discrimination quotidienne à l’encontre des femmes iraniennes. Les sujets traités (le film parle aussi implicitement d'adolescence, de jeunesse, d'éducation, de famille, ...), l’exceptionnelle qualité de l’interprétation, la mise en scène, le montage, la réalisation, le scénario, … Tout concoure à faire de ce Cercle un film majeur du cinéma international ! A voir absolument !

Pour terminer, je vous invite à signer la pétition ci-dessous pour la libération de Jafar Panahi. Merci d’avance pour votre soutien et vos signatures !

Pétition pour la libération du réalisateur iranien Jafar Panahi

EN SAVOIR PLUS:

Pour ceux qui désirent en savoir plus sur la vie et la filmographie de Jafar Panahi, vous pouvez visiter les deux pages Internet ci-dessous:

Interview de Jafar Panahi par Manon Loizeau - ARTE

Jafar Panahi - Wikipédia