Le cinéma d'Arkelios

18 février 2012

esprit wabi (d'Axel Vervoordt, Laziz Hamani, Tatsuro Miki et Michael Paul)

esprit wabi

esprit_wabi

Délaissons le cinéma quelques instants pour nous offrir une pause zen. Ma collègue Catherine m’a montré il y a de cela plusieurs mois un somptueux livre d'art sur la «philosophie» Wabi (également connue sous le nom de Wabi-Sabi)… Qu’est-ce que c’est ? En gros, c’est un concept japonais faisant transparaître la beauté dans la simplicité et l’imperfection. Dans «son» ouvrage intitulé esprit wabi, Axel Vervoordt nous montre de magnifiques et apaisants décors de sa réalisation. Il utilise des matériaux naturels (la roche, le bois, …) et compose littéralement des lieux où la sérénité, le raffinement et le brut s’entrelacent et se fondent dans l’air pour ne laisser flotter au final qu'un parfum de plénitude. Voilà ce qu’est le Wabi, la recherche de la plénitude. Tout au moins, c’est ce que j’ai compris en lisant ce documentaire au papier «sensuel». Hommage doit également être rendu à Laziz Hamani, le photographe mettant en valeur le travail de Vervoordt. Dans un sens, il est selon moi coauteur à part entière d’esprit wabi ! Ses clichés (voir ci-dessous) retransmettent à la perfection l’idée que se fait du Wabi l’antiquaire-décorateur qu’est Vervoordt. Signalons également les collaborations précieuses de l’architecte Tatsuro Miki (auteur d’un magnifique «épilogue» !) et de Michael Paul, créateur de quelques jolis textes jalonnant ce livre qui, soyons clairs, demeure avant tout un ouvrage de décoration et de photos. De très belles citations ont été parsemées ci et là, parmi lesquelles je retiendrai celle de Plutarque: «La musique, pour créer l’harmonie, doit étudier la dissonance.» La plénitude et l’harmonie naissent de l’imperfection, de la dissonance, de la dissymétrie, du vide. Et à l’heure du culte de la «beauté symétrique», esprit wabi a des airs de grosse bombonne d’oxygène ! Pour le reste, je laisserai la «parole» aux photos… Bien plus éloquentes que tout ce que j’ai pu dire jusque-là ! Ne vous reste plus qu’à contempler… N.B.: un grand merci à Catherine ! ^^

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14 février 2012

Microcosmos, le peuple de l'herbe (de Marie Pérennou et Claude Nuridsany)

Microcosmos, le peuple de l'herbe

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Microcosmos, le peuple de l’herbe… Ou quand la technologie sert la poésie et l’écologie ! Il aura fallu entre 7 et 8 ans pour réaliser ce petit bijou de documentaire sur les insectes: 2 ans pour le scénario (même si, on est d’accord, il n’y a pas vraiment d’intrigue au sens où on l’entend communément), 2 ans de préparation avant le tournage, 3 ans de tournage et 9 mois de montage et mixage… Colossal ! Revenons sur ces fameux «2 ans de préparation»… Avant de pouvoir filmer comme de vrais acteurs les petits protagonistes du film que sont la coccinelle, l’escargot, les diverses araignées et les lucanes cerfs-volants (parmi tant d’autres), Marie Pérennou et Claude Nuridsany ont dû créer leurs propres outils adaptés à cet univers aussi fascinant que minuscule ! Des caméras macro, un robot de 300 kilos ( ! ) contrôlant avec une infinie précision les mouvements de caméra et les prises de vue (ce qu’on appelle dans le jargon cinématographique un système de «motion control»), et surtout un studio avec un plafond en béton (pour accrocher ce pesant robot) construit et installé en plein champ, dans le plateau du Lévézou (Aveyron) ! C’est grâce à ce studio implanté en pleine nature que Microcosmos a pu voir le jour ! Bien sûr, tout n’a pas été tourné en studio (il suffit de regarder attentivement le film). Des plans en extérieur ont été mélangés à ceux tournés en motion control à l’intérieur du studio pour composer ainsi l’essentiel des scènes du film. Mais ces splendides images ne seraient que peu de choses sans l’univers sonore conjointement créé par Laurent Quaglio (l’ingénieur du son) et Bruno Coulais (le compositeur). Le premier a «cuisiné» un merveilleux mélange de sons réels produits par les insectes (recueillis grâce à des microphones très spéciaux) et de sons de sa propre conception. Le second, quant à lui, a méticuleusement  calqué sa musique sur les actions des insectes et fait en sorte qu'elle se fonde dans l'étrange ambiance sonore concoctée par Quaglio, ambiance dans laquelle le spectateur se perd avec délectation et ne peut clairement distinguer quel son est naturel et quel autre ne l’est pas ! Fascinante expérience ! Outre les effets spéciaux (ou devrais-je plutôt dire les moyens technologiques employés) et la B.O., les autres points forts de Microcosmos sont naturellement la photographie et le montage ! Mais la palme revient sans conteste à l’ «interprétation» (j’entends déjà certains d’entre vous penser que je suis devenu fou ! ^^) ! Il faut rendre à César ce qui appartient à César et admettre que sans la beauté, l’élégance et le charisme de nos petits amis aux multiples pattes, le film n’aurait pas eu le même éclat ! Mes trois scènes préférées sont sans aucun doute celles mettant en valeur le bousier sacré, les lucanes cerfs-volants (quels magnifiques insectes ! Très impressionnants à voir en vrai, d’ailleurs !) et le «cousin». C’est ce dernier qui clôt même le film, et de fort belle et poétique manière ! Bravo aux réalisateurs pour ce judicieux choix de scène finale et, plus généralement, pour avoir su rendre immortel l’éphémère et visible l’invisible ! Bien qu'archi connu du grand public, Microcosmos mérite d’être inlassablement vu et revu pour la beauté de ses images, l’enchantement de sa musique et la puissance de son hommage à la nature ! Un tout petit monde à l’équilibre fragile magnifié par un très grand film débordant d’amour et de belles attentions pour notre environnement ! Et à tous ceux qui pensent que ce film est naïf et «infantile», je leurs réponds que se préoccuper sincèrement et sérieusement d’écologie, c’est en premier lieu aimer la nature et respecter ceux qui la composent. Sans cette «base», on ne peut rien faire de plus ! C’est cette idée, je pense, que ce documentaire animalier essaie de nous transmettre ! Une œuvre ensorcelante et pédagogique à savourer en famille et qu’il faut absolument montrer aux plus jeunes ! Microcosmos, le peuple de l’herbe… Ou quand l'homme se met à hauteur d'insecte et apprend l'humilité ! N.B.: pour ceux qui l'ignorent, il existe un autre grand documentaire de qualité sur les insectes, leurs rôles d'«assistants» dans le jardinage et l'harmonie qui peut (et doit) exister entre eux et nous ! Cela s'appelle Guerre et paix dans le potager (classé 4ème dans mon Top 15 Documentaires !) et il s'agit d'une oeuvre indispensable en matière d'écologie ! Vous trouverez d'ailleurs la vidéo de ce film en cliquant sur l'un des deux liens précédents. ^^

Petit bonus : vous trouverez ci-dessous un lien vers la B.O. de Microcosmos, le peuple de l'herbe sur Deezer. Régalez-vous !

B.O. de Microcosmos, le peuple de l'herbe sur Deezer

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10 février 2012

Petit hommage à un très grand acteur : Ben Gazzara (2 films)

Ben Gazzara est mort il y a une semaine à l’âge de 81 ans. Impossible de ne pas lui rendre un humble hommage quand on connaît l’immense carrière de cet acteur atypique ! Jamais dans le surjeu, naturel, il était l’acteur idéal pour John Cassavetes et son cinéma ultra réaliste et volontairement non spectaculaire. Il pouvait improviser, certes, mais préférait à mon avis être dirigé et avait besoin d’une vraie connivence avec le réalisateur pour donner la pleine puissance de son potentiel ! Et cette connivence, elle se ressent très fortement dans les trois films tournés avec son ami Cassavetes ! Je ne vous présenterai ici «que» Meurtre d’un bookmaker chinois et Opening Night, deux œuvres très personnelles et difficiles d’accès du réalisateur. Deux œuvres qui possèdent également comme point commun un profond respect des femmes. D’ailleurs, observez attentivement les affiches du jour… D’une manière générale, la femme tient une place primordiale dans l’univers «cassavetien». Ce n’est pas Une femme sous influence qui démontrera le contraire ! Revenons au regretté Ben Gazzara… Il faisait partie de ces rares grands interprètes sachant s’effacer au profit du scénario tout en le soutenant de manière quasi imperceptible pour le spectateur lambda. Alors bien sûr, ce n’est pas le genre de jeu d’acteur qui fait de vous quelqu’un de très populaire aux yeux du grand public, c’est vrai… Si on posait la question «Qui était Ben Gazzara ?», on trouverait de tout, je pense. Mais il n’y a rien de plus beau que l’abnégation d’un acteur au service d’une œuvre ! C’est la marque des très grands. Seule reste Gena Rowlands, dernier membre de la «famille» du Grand John…

Meurtre d'un bookmaker chinois

Meurtre_d_un_bookmaker_chinois

Probablement l’œuvre la plus personnelle et la plus délicate à saisir (pour moi en tout cas) de John Cassavetes, Meurtre d’un bookmaker chinois est un polar d’ «ambiance» très réaliste, faisant montre d’une saine simplicité et jouant pourtant de manière subtile avec les codes du film noir. Cosmo Vitelli est patron du Crazy Horse, une boîte de strip-tease fauchée dans Los Angeles. C’est un homme très protecteur, attentif à ses «girls» et à leurs numéros. Il vient de rembourser les dernières traites de son commerce et, pour fêter l’évènement, décide de s’amuser à une table de jeux… Où il perd une importante somme d’argent ! La mafia lui propose alors un marché pour rembourser ses dettes envers elle: il doit tuer un bookmaker chinois devenu encombrant pour leurs petites affaires. Très réticent à cette idée, Cosmo n’a malheureusement pas le choix sous peine de subir certaines représailles… Contemplatif, ce lent et sombre polar parle de liberté avec beaucoup de philosophie et de fatalisme. Ce qui frappe le plus au premier coup d’œil, c’est cet étonnant réalisme dans la mise en scène ! Rien n’est spectaculaire et ne vient troubler inutilement le bon déroulement de l’intrigue. Tout est sobre, juste, à l’image de la composition naturelle de Ben Gazzara en patron très humain qui essaie de régler ses problèmes tout en préservant le microcosme de son «cabaret» qu’il considère comme sa famille. Outre le thème de la liberté, Meurtre d’un bookmaker chinois aborde une notion chère aux cinéastes indépendants américains, notamment à Jim Jarmusch (le réalisateur de Permanent Vacation et Coffee and cigarettes): la vacuité de l’existence. Cassavetes consacre autant de temps (si ce n’est plus) aux scènes où Cosmo gère ses «girls» qu’à celles d’ «action». Il préfère s’arrêter sur les banalités quotidiennes de son anti-héros, et par là nous le rendre particulièrement accessible, plutôt que d’en faire un surhomme évitant avec aisance les pièges de la mafia. Sur le plan formel, l’œuvre de Cassavetes affiche de nombreux points forts parmi lesquels une solide interprétation, une mise en scène subtile et minutieuse et une somptueuse photographie ! Si vous savez apprécier les polars intelligents à visage humain, à l’atmosphère poisseuse et au rythme saccadé, alors cet envoûtant chef-d’œuvre vous comblera de bonheur ! Cependant, les autres n’y trouveront peut-être là qu’un film lent et soporifique… Bref, on aime ou on n’aime pas ! Pour ma part, Meurtre d’un bookmaker chinois sonne à mes oreilles comme une complainte aussi entêtante que fascinante ! Une belle et ambitieuse tentative de définition de la condition humaine par Maître Cassavetes !

Opening Night

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Cassavetes (encore lui ^^) rend hommage à sa famille de cœur – j’entends par là le monde du spectacle, ses comédien(ne)s, ses metteurs en scène, … – et nous offre l’un de ses films les plus tendres et humains... Ce qui ne l’empêche pas pour autant de porter un regard remarquablement intelligent, réaliste et lucide sur le théâtre, et plus particulièrement le métier d’acteur. Myrtle Gordon est une véritable star dans le milieu théâtral. La première de la nouvelle pièce de Sarah Goode, The Second Woman, dans laquelle elle joue une femme vieillissante angoissée par son âge approche à grand pas et tous les préparatifs semblent se passer pour le mieux… Mais un soir, une admiratrice un peu hystérique meurt renversée par une voiture devant elle en tentant de l’approcher ! Traumatisée par cet évènement, Myrtle éprouve les pires difficultés à se réapproprier la peau de son personnage… D’autant plus que ce dernier la plonge en pleine introspection ! Refusant de continuer à jouer ce rôle, la troupe au complet (dont Manny Victor – le metteur en scène – et Maurice Adams – l’interprète masculin principal –, deux personnes avec lesquelles elle a l’habitude de travailler) tente de la ménager et de la convaincre de persévérer. Mais la grande actrice n'arrive pas à faire le deuil de cette fan... Et encore moins le sien ! Celui de la femme qu'elle était avant, plus jeune. Au bord du gouffre, Myrtle souffre d’hallucinations et de crises de nerfs qui lui font peu à peu perdre tout sens des réalités… Quelles sont les limites entre le personnage et celle ou celui qui l’incarne ? Un acteur est-il vraiment libre d’interpréter un rôle comme il l’entend ? Ou bien le rôle oblige-t-il l’acteur à concéder un peu de son espace de liberté ? L’introspection, les diverses relations que les acteurs vivent dans l’univers du spectacle (acteur-personnage, acteur-acteur, acteur-metteur en scène, acteur-public, …), l’intimité d’une troupe de théâtre, … Opening Night aborde ces thèmes et ces questions avec amour et sans en éluder la moindre zone d’ombre. Cet amour dont je parle, c’est celui de Cassavetes pour celles et ceux qui ont toujours constitué le cœur de son cinéma intimiste, réaliste et indépendant: les comédiens. Et pour leurs rendre hommage, il a choisi de confier les rôles clés de son film à deux de ses acteurs fétiches: Gena Rowlands (la lumineuse actrice de son superbe Une femme sous influence) et Ben Gazarra (Husbands, Meurtre d’un bookmaker chinois). Peter Falk, quant à lui, fait une petite apparition (obligé ! ^^).  Et n’oublions pas qu’en prime, Maître Cassavetes lui-même participe à la fête en tant qu’interprète ! La distribution, pour une œuvre parlant des acteurs, se devait d’être magistrale. Pour autant, la mise en scène n’est pas en reste de même que la réalisation, impeccable, et la photographie, soignée et littéralement fantasmagorique ! Là encore, et comme très souvent chez Cassavetes, le rythme est lent et l’atmosphère pesante et crépusculaire… Le spectateur non initié à son univers pourra sombrer dans l’ennui, c’est un risque. :-/ Mais pour moi, ce très long métrage (2h18 !) demeure jusqu’à présent le plus bel hommage qu’un artiste ait jamais rendu au monde du théâtre, aussi authentique qu’un véritable documentaire ! Une œuvre clé du réalisateur… Pour ne pas dire L’œuvre clé !

EN SAVOIR PLUS:

Pour ceux qui désirent en savoir plus sur la vie et la filmographie de Ben Gazzara, vous pouvez visiter les deux pages Internet ci-dessous:

Ben Gazzara - Wikipédia

Ben Gazzara - Allociné

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05 février 2012

Plume (de Barry Purves)

Plume 

Plume

Restons encore un peu dans le court-métrage d’animation, mon genre de prédilection ! ^^ J’ai eu un énorme coup de cœur pour Plume, un petit film d’environ un quart d’heure réalisé en 2011 (c'est tout frais !) par l’un des papes des techniques d’animation image par image… Barry Purves. Un homme ailé (un ange ?) vole dans le ciel mais fait soudainement une terrible chute ! Se remettant difficilement de cet incident, il constate qu’il a perdu des plumes. Nullement inquiété, il tente de redécoller malgré l’état de ses ailes. Mais il a sous-estimé son problème et rechute à nouveau, plus brutalement encore ! Les plumes qui traînent un peu partout sur le sol attirent bientôt la curiosité de petites créatures monstrueuses, semblables à des diablotins. Celles-ci se mettent à les manger sous le regard inquiet de l’homme ailé qui essaie désespérément de s’enfuir par la voie des airs… Sans succès. Quand elles remarquent enfin leur hôte blessé, elles le martyrisent et lui saccagent son merveilleux plumage avant de filer rejoindre l’obscurité… A présent seul et mal en point, notre pauvre hère volant sait qu’il ne pourra plus jamais voler et doit chercher son salut ailleurs. C’est alors qu’il aperçoit une plume scintillante en train de tomber. En voulant l’attraper, il remarque une étrange surface réfléchissante… Le sol n’est plus le même à cet endroit. C’est de l’eau ! L’homme ailé prend alors une décision qui va changer sa vie: il décide d’explorer cet univers inconnu ! Mais, pour mener à bien sa nouvelle aventure, il lui faut avant tout se débarrasser de ce qui lui reste d’ailes et qui le handicape plus qu’autre chose dans sa quête de renaissance ! Un monde nouveau s’offre à lui mais il doit d’abord se défaire de son passé… Que faut-il comprendre de cette histoire ? Pour moi, elle délivre un message évident: quand nous chutons (pas au sens propre, bien sûr), il ne faut pas nécessairement insister pour se relever dans la voie qui nous a fait chuter… Comme pour cet ange qui, au début, essaie tant bien que mal de revoler sans jamais y parvenir. Remonter la pente et retrouver la lumière peut venir d’une autre voie (pour l’ange, ce sera l’eau). Mais il faut savoir se remettre en question et prendre les décisions qu’il faut… Aussi radicales soient-elles ! Et c’est ce que fait notre protagoniste en s’arrachant ses propres ailes ! Une magnifique marque de courage et d’abnégation qu’il faut méditer ! Pour les plus attentifs d'entre vous parmi ceux qui auront visionné ce court-métrage, vous aurez peut-être remarqué que les trois sombres créatures ont toutes des moignons d'ailes... Ce qui sous-entend qu'elles aussi furent jadis des êtres ailés aussi beaux que notre infortuné héros ! Mais ces êtres n'ont probablement pas su «rebondir» et trouver une issue à leur triste sort. Ils sont devenus ces choses errantes sans but, aigries et violentes. Faisons attention à ne pas devenir comme elles ! Si un malheur nous tombe dessus et nous plaque au sol, à nous de nous battre sans cesse jusqu'au bout pour nous relever ! Car l'attentisme et le défaitisme tuent l'humanité ! Voilà peut-être ce qu'il faut retenir de Plume ! Trouver la force de vivre, non de survivre ! Rester positif et garder l'espoir, coûte que coûte ! Sur le plan de l’animation pure, la célèbre technique popularisée par Ray Harryhausen n’a pas pris une ride ! Et si vous voulez découvrir ou voir d’autres franches réussites en matière d’animation image par image, je vous recommande notamment L'Ame seule (de Cédric Berthier, Jean-Sébastien Leroux et Maximilien Royo), Pierre et le Loup (de Suzie Templeton) et Mary et Max (d’Adam Elliot)… Sans parler de tous les films d’Henry Selick et du mythique Nick Park, le père de Wallace et Gromit ! Les couleurs de Plume sont magnifiques (une subtile alliance de bleu, de blanc et de noir), tout comme la musique de Nicolas Martin qui accompagne les péripéties de notre ami «déchu». Mais c’est sans conteste le scénario qui s’avère le point le mieux travaillé du film, à la fois simple, efficace et fluide. Une incroyable force et une infinie sagesse se dégagent de ce court-métrage très personnel qui est assurément le plus grand «petit film» vu par votre humble serviteur jusque là ! Un pur moment de poésie et d'enchantement à savourer en se laissant aller !

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01 février 2012

Tin Toy (de John Lasseter - Pixar)

Tin Toy

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Aujourd’hui, petit intermède «gentillet» avec un court-métrage signé John Lasseter: Tin Toy ! Bien que je le trouve moins intéressant que les courts-métrages Pixar précédemment présentés sur mon blog, Tin Toy a cependant plusieurs cordes à son arc qui en font une œuvre essentielle dans l’histoire des studios «à la lampe de bureau». D’une part, le récit de cet «homme-orchestre jouet» tentant d’échapper à un bébé aux allures de monstre géant destructeur a directement inspiré le légendaire Toy Story, rien que ça ! Certains des jouets effrayés qui se cachent pour ne pas tomber entre les mains de cet «horrible» bébé seront d’ailleurs repris dans le long métrage culte de Pixar ! Sans Tin Toy, il n’y aurait peut-être pas eu de Toy Story et, par voie de conséquence, ni de Ratatouille, WALL-E et autres films d’animation qui ont fait la joie de tant d’enfants… Et d’adultes comme moi ! ^^ Il convient donc de mesurer toute l’importance de ce petit court ! D’autre part, la qualité de l’animation s’est nettement améliorée depuis Red’s Dream (pourtant réalisé seulement un an auparavant) ! Elle s’améliorera même encore l’année d’après avec le fameux Knick Knack, véritable virage dans l’histoire du film d’animation en général ! Pixar, entre 1986 et 1990, était en pleine ébullition et avançait à pas de titan dans les techniques et technologies de l’animation 3D ! Malgré le côté perfectible de Tin Toy (notamment dans l’aspect du bébé), Lasseter obtint tout de même l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation 1989 pour cette petite histoire aussi drôle que sympathique et à la chute fort amusante (tous les parents ont vécu ça au moins une fois, voir un enfant s'amuser plus avec l'emballage qu'avec le cadeau lui-même ! :-)) ! A noter que Tin Toy a aussi été la principale source d’inspiration du magnifique court-métrage L’Homme-orchestre, l’une des meilleures réalisations du génie de Pixar ! Enfin, signalons que Lasseter et son équipe (dont le talentueux Bill Reeves) remercient chaleureusement dans le générique de fin un certain Steve Jobs, l’homme qui avait offert sa chance à Pixar quelques années auparavant (voir mon article intitulé Les Aventures d’André et Wally B. (d’Alvy Ray Smith)… Ou le «Big Bang» de l’animation 3D par ordinateur !) et qui permit financièrement à cette minuscule entreprise de devenir ce qu’elle est aujourd’hui ! Un court-métrage historique plein d’humour et très divertissant !

Pour voir tous les articles de mon blog en rapport avec Pixar, cliquez sur le lien ci-dessous:

- Tous les articles ayant un rapport de près ou de loin avec Pixar (avec plein de vidéos de courts-métrages ^^) -

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28 janvier 2012

Jusqu'en enfer (de Sam Raimi)

Jusqu'en enfer

Jusqu_en_enfer

En 2009, Sam Raimi tentait son grand retour parmi les maîtres de l’horreur. Bien que principalement connu du grand public pour la franchise Spider-Man, n’oublions pas qu’il fut jadis le réalisateur des mythiques Evil Dead et Evil Dead 2 ! Il était donc particulièrement attendu au tournant. Mais le vieux briscard qu’il est n’a pas failli à sa réputation… Bien au contraire ! Jusqu’en enfer est un retour au gore dans la plus pure tradition et montre toute l’érudition de l’Oncle Sam (ha ha ha !) dans ce domaine ! Notons qu’ici le gore tend très légèrement vers le comique et le parodique tout en conservant, chose exceptionnelle, une grande capacité à effrayer le spectateur. Mais là où Raimi est un vrai virtuose, c’est dans sa manière de dissimuler une véritable œuvre satirique derrière ce «masque de sang» ! L’histoire de cette jeune femme ambitieuse et carriériste refusant d’accorder un crédit immobilier supplémentaire à une vieille femme (un peu spéciale, il est vrai) en détresse dénonce le règne de l’argent, du matérialisme et des parvenus dans notre société décadente. La ravissante Christine Brown va s’en mordre les doigts puisque la vieille femme en question est une gitane possédant de bien mystérieux pouvoirs, notamment celui de jeter la malédiction du Lamia sur la personne de son choix… Dans peu de temps, Lamia viendra chercher l’âme de Christine pour l’emmener avec lui… Jusqu’en enfer ! Une autre chose intéressante du film est le thème de la pression au travail. Cette brave Christine n’est pas une mauvaise personne, au fond ! Elle était même prête à prolonger une fois de plus  le crédit de Mme Ganush (la gitane)… Mais son patron lui a clairement fait comprendre qu’elle devait se montrer plus ferme avec les clients si elle voulait la place de directeur adjoint de l’agence ! Compassion et gentillesse ou carrière et argent… Malheureusement pour elle, notre brave héroïne a opté pour le second «package» et a sacrifié son humanité sur l’autel de l’ambition… La scène finale du film est jubilatoire et permet à Sam Raimi de régler ses comptes avec les deux protagonistes... Christine, croyant avoir définitivement rompu la malédiction du Lamia et étant donc persuadée d’être en sécurité, dit à Clay qu’elle regrette de ne pas avoir aidé Mme Ganush et lui avoue même que c’est bien elle et elle seule qui a pris la décision de ne pas renouveler ce fameux crédit… Alors que tout au long du film, comme pour exhorter le Lamia à la laisser en paix, elle soutient qu’elle n’est en rien responsable du sort de la vieille gitane et que l’unique fautif est son patron. Quelle petite hypocrite ! Quant à Clay, le petit ami cartésien numismate, son monde matérialiste s’écroule au moment où (attention, spoiler !) il voit de ses propres yeux sa chère et tendre dulcinée se faire embarquer de force par le Lamia direction la fournaise de l’Enfer ! Hé oui, pas de happy end, cette fois ! Sauf si, comme moi, vous considérez que la petite Christine est la «méchante» du film et a bien mérité son sort ! Bon, d’accord, c’est peut-être un peu exagéré comme punition… ^^ Techniquement, l’œuvre du père d’Evil Dead est bourrée de qualités. Outre l’originalité et l’ingéniosité du scénario (signé des frères Raimi eux-mêmes), le premier point fort est, selon moi, l’énorme B.O. de Christopher Young. Elle offre des thèmes parmi les plus impressionnants de toute l’histoire du cinéma d’horreur ! Ajoutons à cela d’excellents effets spéciaux «à la papa», choix judicieux lorsqu’on fait un film gore qui se respecte, et une réalisation maîtrisée et vous obtenez là un chef-d’œuvre du film d’horreur mélangeant habilement éléments traditionnels et innovants de ce noble genre cinématographique ! Un régal à ne pas mettre devant d’innocents petits yeux mais qui ravira les amateurs de planches OUIJA et de sorcellerie ! «Laaaaaaamiaaaaaaa... !»

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24 janvier 2012

Petite sélection de films passant à la télé du mardi 24 janvier au jeudi 02 février

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Aujourd'hui, je vous propose une sélection très personnelle de films qui vont passer à la télévision (uniquement sur les chaînes gratuites et à des heures raisonnables, je précise) entre le mardi 24 janvier (aujourd'hui !) et le jeudi 02 février... Cliquez sur les titres des films pour en savoir plus (si c'est un film que j'ai déjà chroniqué, vous tomberez sur l'article qui lui correspond dans mon blog; si c'est un film que je n'ai pas encore chroniqué, vous tomberez sur une fiche film du site Comme au Cinéma) :

 

Mardi 24 janvier

NRJ 12 - 22h40 : Kill Bill: Volume II (de Quentin Tarantino) - attention : film interdit aux moins de 12 ans (officiellement), aux moins de 12/14 ans (selon moi) -

M6 - 23h00: Lord of War (d'Andrew Niccol) - attention : film interdit aux moins de 12 ans (officiellement), aux moins de 14 ans (selon moi) - (12ème dans mon Top 30 !)


Mercredi 25 janvier (Ze soirée !!! Comme d'habitude, sur ARTE.)

ARTE - 20h35 : Persepolis (de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud)

ARTE - 22h10: Valse avec Bachir (d'Ari Folman) - attention : film interdit aux moins de 12 ans (officiellement et selon moi) - (10ème dans mon Top 30 !)


Vendredi 27 janvier

ARTE - 14h50 : Persepolis (de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud)


Dimanche 29 janvier

NT1 - 20h45 : Le Grand Bazar (de Claude Zidi) Hé oui ! On a beau dire tout ce qu'on voudra sur les Charlots, ce film est malin et engagé. Pas tout le temps drôle (dommage pour une comédie ^^), mais pourvu de bonnes intentions.

 

Lundi 30 janvier

France 3 - 20h35 : Les Sept Mercenaires (de John Sturges)

ARTE - 20h35: L.A. Confidential (de Curtis Hanson) - attention : film interdit aux moins de 12 ans (officiellement et selon moi) -

TMC - 20h45 : V pour Vendetta (de James McTeigue) - attention : film interdit aux moins de 10 ans (officiellement et selon moi) - (15ème dans mon Top 30 !)

NRJ 12 - 22h30 : Kill Bill: Volume I (de Quentin Tarantino) - attention : film interdit aux moins de 16 ans (officiellement et selon moi) -


Mercredi 1er février

ARTE - 20h35 : La Révélation (de Hans-Christian Schmid) - attention : film interdit aux moins de 10 ans (officiellement et selon moi) - Avec la magnifique Kerry Fox, la formidable interprète de Janet Frame dans l'excellent film Un Ange à ma table.

 

Jeudi 2 février

NT1 - 20h45 : Star Trek (de J. J. Abrams) - attention : film interdit aux moins de 10 ans (officiellement et selon moi) -

 

Mais n'oubliez pas une chose...

"Il ne faut jamais oublier que la télévision n'est qu'un appareil électroménager." (dixit le grand Bruno Cremer)

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20 janvier 2012

Louise-Michel (de Gustave Kervern et Benoît Delépine)

Louise-Michel

Louise_Michel

Amis anarchistes, voici votre étendard au sein du septième art ! A défaut de drapeau noir, je vous propose une comédie de la même couleur qui siéra à votre bonheur… Louise-Michel ! Non, il ne s’agit pas d’un biopic sur cette figure emblématique du mouvement anarchiste… Même si l’esprit de la véritable Louise Michel habite cette œuvre jusque dans les moindres détails du décor le plus «anodin» ! Il s’agit donc plus ici d’un hommage, en atteste la citation bien choisie d’ «Enjolras» à la fin du film. Louise, une ouvrière analphabète taciturne, travaille dans une usine de textile qui, d’après les dires du patron, connaît quelques difficultés économiques. Alors qu’on leur passe de la pommade en offrant à chacune d’elles une nouvelle tenue de travail «personnalisée» la veille, nos chères ouvrières découvrent le lendemain que leur usine a été sauvagement délocalisée et toutes les machines déménagées pendant la nuit. Elles décident alors de mettre en commun le peu d’indemnités obtenues pour se payer les services d’un tueur professionnel qui règlera son compte à ce salaud de patron ! Louise, qui est à l’origine de cette idée pour le moins radicale, rencontre dans sa recherche de la perle rare un certain Michel, tueur à gages un brin fanfaron mais paraissant sûr de lui. Malheureusement pour les ouvrières, ce dernier se révèle plus qu’incompétent et lâche (au point d’envoyer, lors d’une première tentative, sa propre cousine cancéreuse au charbon !)… De plus, un patron en cachant un autre à chaque fois plus gros et plus éloigné de la Picardie, l’ennemi possède différents visages et paraît insaisissable ! Mais qu’à cela ne tienne ! Louise va prêter main forte à Michel et lui montrer comment on fait pour terrasser une hydre à plusieurs têtes… La mondialisation et le patronat vus, à juste titre, comme une hydre qui n’en finit jamais de faire repousser ses têtes. Voilà une chose parfaitement rendue dans Louise-Michel ! Du nord de la France à l’île de Jersey en passant par Bruxelles, nos deux héros vont vivre une folle épopée meurtrière parsemée de rencontres singulières pour retrouver leur liberté, leur dignité et leur place dans une société indifférente à leurs problèmes. Ce film s’insurge à la manière d’un punk et «hurle» sur les patrons qui prennent leurs employés pour des cons et, dans le même temps, dénonce plus subtilement les rouages d’une mondialisation «poupée russe» qui n’a pour principal obsession que le profit. Chaque patron a sa propre part du gâteau, plus ou moins grosse selon sa place dans l’organigramme (des cocktails et un rythme de sénateur pour le petit patron de l’usine, une immense villa et des voitures à gogo pour celui qui chapeaute plusieurs filiales à la fois, …), mais tous sont coupables d’exploiter abusivement des êtres humains pour servir leurs intérêts et participent à un système qui ne redistribue les richesses qu’aux plus riches, laissant les miettes aux pigeons que nous sommes (il faut bien le reconnaître). Réagir ! Voilà le cri que veut faire entendre le duo de réalisateurs grolandais ! Alors certes, la réaction de Louise, Michel et leurs camarades est assez «extrême»… Mais il y a tellement de manières diverses et variées de réagir que nous n’avons aucune excuse pour ne pas tenter la moindre action ! Surtout à l’heure d’Internet ! La violence n’est pas la voie et n’a jamais rien résolu, nous sommes d’accord. «La plume est plus forte que l’épée», après tout. Mais, d’une certaine manière, je peux comprendre ceux qui utilisent la violence lorsqu’il est question de défendre ses droits, surtout contre un système qui s’avère aussi injuste que légal ! Tout au moins, il ne faut jamais rejeter la violence en bloc sans l’avoir préalablement analysée. La condamner trop promptement comme tous les politiques le font relève souvent de la démagogie et ne montre aucune intelligence. Pire, cela ne montre aucune volonté sincère de trouver une solution ! Bref, revenons au film… Cette comédie satirique déjantée m’a rappelé les réalisations de Dupontel (notamment le génialissime Le Créateur !) et, par instants, certaines comédies des mythiques Monty Python ! Rien que ça ! C’est un peu une grande famille du cinéma, une famille un peu en marge de ce qui plaît habituellement au grand public. D’ailleurs, l’exceptionnel casting de Louise-Michel va dans ce sens: Yolande Moreau, Bouli Lanners, Benoît Poelvoorde, Francis Kuntz, Miss Ming (quelle présence !), Mathieu Kassovitz, Albert Dupontel (dans une scène post-générique de fin d’anthologie !), Siné, Pascal Rabaté, Philippe Katerine, Christophe Salengro (le Président de la Présipauté de Groland himself !), ... Une sacrée bande de doux et dingues marginaux, tous plus excellents et justes les uns que les autres ! On sent que tous ces gens-là sont en mission quand ils jouent ! Outre l’interprétation, les principaux points forts de Louise-Michel sont le scénario, la réalisation (on passe un léger cran au-dessus des pourtant déjà très bons Aaltra et Avida), les décors, la photographie et surtout la B.O. (Daniel Johnston et Charles Steve Davey en tête). Louise-Michel est un hymne à la tolérance dédié à tous les éclopés de la société. C’est un jubilatoire moment de folie raisonnable, une folie pesée avec minutie qui, je l’espère sincèrement, donnera des envies de révolte au spectateur ! Mais Louise-Michel, c'est aussi un film plus positif qu'il n'y paraît. La scène finale de l'accouchement, filmée avec une très grande sensibilité, est un symbole fort porteur d'un espoir qui en fait a toujours été présent durant tout le long métrage ! Je pense même que l'espoir est le fil conducteur du film ! Pour ma part, je ne suis pas surpris que ce brûlot contestataire ait raflé autant de prestigieuses récompenses (un prix à Sundance, un autre à San Sebastian et la fameuse Amphore d’Or à Quend !)… Avec Louise-Michel, Mammuth (des mêmes réalisateurs), Borat, Le Créateur et O’Brother, je crois que je tiens enfin mon Top 5 des comédies les plus drôles, subversives et intelligentes ! Allez, «Banzaï» !!!

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15 janvier 2012

Piège de cristal (de John McTiernan)

Piège de cristal

Pi_ge_de_cristal

Qui ne connaît pas Piège de cristal, le premier né de la série des Die Hard ? John McClane et son marcel blanc imbibé de sang sont devenus aussi célèbres que Luke Skywalker et son sabre laser eux-mêmes ! Probablement l’un des films les plus plagiés au monde, le long métrage de John McTiernan puise sa force dans un scénario original à défaut d’être étoffé. John McClane, un flic de New York, vient passer les fêtes de Noël en famille à Los Angeles, là où sa femme et ses deux enfants habitent. Un chauffeur l’attend à l’aéroport de la «Ville des Anges» et le conduit au Nakatomi Plaza, le lieu de travail de sa tendre Holly… Arrivé sur place, une fête réunissant tous les employés bat son plein. John retrouve enfin son épouse parmi tout ce beau monde et entame une discussion avec elle… Qui tourne très vite au vinaigre ! Notre ami new-yorkais se retrouve alors seul dans une salle de bain privée, en train de ruminer la manière dont il aurait dû s’y prendre avec sa dulcinée… Mais pas le temps pour lui de ruminer: des cris et des rafales de tirs viennent interrompre la petite sauterie ! John comprend alors qu’il s’agit d’une prise d’otages et décide d’improviser et d’en savoir plus sur ces mystérieux «terroristes»… Piège de cristal n’a jamais perdu de sa superbe malgré les multiples rediffusions sur nos écrans et les innombrables émules qui ne sont pas loin d’asphyxier le genre du «film d’action à prise d’otages»… Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il en est le précurseur, le créateur et le gardien des codes ! Et quels sont ces codes ? Un anti-héros qui se trouve là par hasard et contre sa volonté (incarné avec assurance et talent par Bruce Willis), un lieu unique (ici, un immeuble d’une quarantaine d’étages), des terroristes la plupart du temps étrangers (des allemands, dans le cas présent), un méchant charismatique (Alan Rickman est phénoménal dans la peau de Hans Gruber !) qui noue une relation étroite avec le héros mais qui ne le croise que très rarement, quelques gentils otages qui meurent (pourquoi les méchants seraient les seuls à passer l’arme à gauche, hein ?), des forces de l’ordre ridiculisées, une femme ou un enfant en danger (ou les deux ^^), globalement peu de personnages importants (ce genre de film tient plus du huis-clos qu’autre chose), une alternance bien huilée entre passages lents et très intimistes se focalisant sur un héros dans l’introspection permanente et passages plus musclés dans lesquels notre brave justicier utilise autant ses muscles que sa tête (tel un parangon du «mens sana in corpore sano» !), un protagoniste plein de débrouillardise et souvent moins bien armé que ses antagonistes (mais qui réduit peu à peu l’écart pour, au final, se retrouver à armes égales avec le «big boss»), et bien sûr un héros à l’humour cynique qui se plaint tout le temps de son sort, en prend plein la tronche et baigne dans son propre sang toutes les dix minutes (mais ne meurt jamais) ! J’en ai peut-être oubliés quelques-uns et je m’en excuse auprès des puristes. Mais il ne suffit pas d’appliquer ces ingrédients à la lettre pour réussir à coup sûr un chef d’œuvre comme Piège de cristal ! Prenez le film Speed, par exemple… Il y a des éléments scénaristiques originaux (la prise d’otages dans le bus est une chouette trouvaille) mais qui ne sont guère soutenus par la réalisation et la mise en scène (hystériques), l’interprétation (excepté le génial Dennis Hopper), la B.O. (très grossière), … Die Hard, quand à lui, peut s’appuyer sur un casting solide, une B.O. inspirée et prenante de Michael Kamen (paix à son âme), une excellente photographie (ce qui est rare dans ce type de film, un grand bravo à Jan de Bont – le réalisateur de Speed, justement…) ainsi que sur un montage, une mise en scène et une réalisation maîtrisés. Sans oublier les dialogues, truffés de répliques devenues cultes à l'image du fameux «Yippie-Kay-yee, pauvre con.» ! Ajoutons également que le film est doublé d'une satire du journalisme (et des médias en général) qui, ceci étant dit, aurait mérité un traitement plus approfondi. Le spectateur suit McClane comme son ombre et partage ses souffrances, ses peurs, ses pensées et ses tensions. Au plus près de l’action, on est admiratif comme un gamin devant les aventures de son super-héros préféré ! Si cette œuvre est aussi forte (notamment pour le public masculin), c’est parce que n’importe quel garçon, ado ou homme peut facilement s'identifier à John, un personnage simple, habillé et parlant comme Monsieur Tout-le-Monde, qui connaît lui aussi les affres de la vie conjugale et des problèmes familiaux… Bref, un héros accessible. Et l’histoire, malgré sa simplicité, ne comporte aucun temps mort et réserve son lot de rebondissements bien sentis (pas extraordinaires, mais bien sentis quand même !). Un grand merci à John McTiernan et à son Predator (car c’est un peu grâce au succès de ce dernier que Piège de cristal a pu voir le jour !) pour nous avoir offert l’un des joyaux du film d’action grand public ! … … … Et, indirectement, pour avoir inspiré le drôlissime La Tour Montparnasse infernale qui, j’insiste, est une comédie parodique de premier choix ! En résumé, on peut dire que Piège de cristal est au cinéma ce que The Legend of Zelda: A Link to the Past est au jeu vidéo: un objet imparfait, certes, mais novateur, porté par une ambiance captivante et à tout jamais culte !

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10 janvier 2012

Creep (de Christopher Smith)

Creep

Creep

Un petit huis-clos horrifique dans le métro londonien, ça vous dit ? ^^ Hoooo, allez quoi… Ca fait longtemps que je n’ai pas papoté film d’horreur ! Enfin, quand je dis «petit», je pense plus à la durée du film (même pas 1h30) qu’à sa qualité. Car Creep possède de sérieux arguments à faire valoir auprès des grands amateurs de frissons ! Pourtant, le scénario tient justement sur un ticket de métro: Kate, une «working girl» qui a réussi dans le milieu de la pub à Londres, sort d’une soirée bien classe où l’alcool coulait à flots. Il est minuit passé et, faute de taxi pour rentrer chez elle, la jolie jeune femme se décide à prendre le métro. Ivre, elle s’assoupit un moment sur le quai et, lorsqu’elle reprend ses esprits, commence à paniquer car tout est fermé. Coincée seule (du moins le croit-elle… ^^) dans le labyrinthique métro londonien, Kate espère entrevoir une issue à sa pénible nuit en montant à bord d’un mystérieux train qui s’est arrêté. Malheureusement pour elle, d’autres «noctambules» sont là… Et parmi eux, une créature psychopathe à moitié humaine qui règne en maître sur cet enfer de rails ! Ami(e)s claustrophobes, n’allez pas plus loin ! Il fait très sombre dans ces tunnels et la mort peut surgir de n’importe où ! La première moitié du film est assez conventionnelle mais pose déjà parfaitement une atmosphère glauque captivante. La seconde partie est en revanche beaucoup plus originale… En effet, à l’heure où de nombreux films d’horreur jouent la carte de la suggestion (avec plus ou moins de réussite selon les œuvres), Creep montre tout de son monstrueux personnage au point que Craig (c’est le nom de la «créature») s’installe peu à peu dans le siège du protagoniste du film qu’occupait Kate au début ! Et regarder un film du point de vue du monstre, du «bad guy», c’est une expérience plus que troublante… Mais également très excitante ! On ressent tout des souffrances psychiques et physiques du monstre et, bizarrement, on est très surpris de s’attacher progressivement à lui ! Il nous apparaît un peu plus humain et fragile (il faut dire qu’il s’en prend plein la tronche, le bougre !) à chaque minute qui passe pour, au final, se montrer presque moins dur que la belle Kate ! J’ai même éprouvé un peu de pitié à son égard malgré les atrocités qu’il a commises ! Le personnage féminin évolue lui aussi. Au début, Kate est hautaine, sophistiquée, égoïste, fière de sa réussite et l’affiche ostensiblement (chaussures et vêtements de marque, manière de parler et d’ «humilier» ses interlocuteurs, …). Mais avec l’horrible expérience qu’elle va vivre dans le dédale du métro, elle va devoir s’adapter pour survivre (et renoncer à tous ces signes extérieurs de richesse qui ne lui serviront guère) et redevenir plus simple et «humaine». Et c’est là que le film est diaboliquement génial ! En gros, on nous présente deux types de monstre (l’un – Kate – ayant un visage plus humain que l’autre – Craig –) qui vont chacun à leur manière retrouver lentement leur humanité mais vont pourtant sombrer dans une violence extrême lors d’un duel final d’anthologie ! Joli paradoxe ! La violence serait-elle l’apanage de l’Homme plus que du Monstre ? Je pense que oui. Et je n’ai pas attendu ce film pour être convaincu de la chose. Creep évoque aussi d’autres thèmes : inégalités sociales, solitude, respect d’autrui, … Et aussi et surtout celui du pouvoir, du contrôle. Kate est une femme à poigne qui aime dominer et contrôler sa vie à n’importe quel prix mais qui va être obligée de lâcher du lest pour s’en sortir ! Une forme de rédemption un peu forcée, en quelque sorte ! En plus d’une certaine profondeur sociale, Creep prend beaucoup de risques sur le plan technique… Mais des risques payants ! Faire partager au spectateur l’intimité d’un monstre pendant la moitié du film suppose que l’interprète de ce monstre soit au top et évite les nombreux pièges d’un tel rôle, des pièges pouvant à tout moment le faire basculer dans le ridicule ! Mais Sean Harris est magistral et offre une interprétation habitée et tourmentée de Craig ! Bien sûr, l’acteur est soutenu par un maquillage bluffant ! La créature m’a fait penser à celles de The Descent (mon film d’horreur préféré, tout de même !). Mais Creep ayant été réalisé avant le film de Neil Marshall, on peut donc légitimement penser que ce dernier s’est inspiré de Craig pour ses «crawlers»… Pas d’effets spéciaux superflus, une excellente B.O., une Franka Potente toujours impeccable (Cours, Lola, cours ; Anatomie ; …), une mise en scène de qualité et une réalisation maîtrisée apportent la touche finale à ce chef-d’œuvre méconnu du film d’horreur, un long métrage gore, viscéral, parfois malsain mais toujours intelligent et passionnant !

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