Argo

Argo

Aujourd’hui, place à un film d’actualité puisqu’il se trouve à l’affiche des salles obscures en ce moment-même… Argo ! Réalisé par Ben Affleck, qui n’avait plus fait grand-chose depuis longtemps, ce thriller politico-historique évoque un moment clé dans la chronologie des relations américano-iraniennes: la Crise iranienne des otages. Nous sommes en 1979, à Téhéran. L’ambassade américaine est prise d’assaut suite à l’hospitalisation du chah d’Iran aux Etats-Unis, en fuite depuis plusieurs mois. Les iraniens réclament la tête de ce tortionnaire (n’ayons pas peur des mots) que les américains avaient eux-mêmes installé à la tête du pays pour avoir accès à certaines ressources naturelles (n’ayons toujours pas peur des mots !) ! Cette colère légitime de tout un peuple, instrumentalisée par Khomeini, va entraîner une «séquestration» massive d’américains et d’occidentaux en Iran. C’est dans ce contexte que Tony Mendez, un agent spécialisé dans les exfiltrations, est chargé de récupérer des diplomates américains ayant trouvé refuge à l’ambassade du Canada. Une idée des plus saugrenues lui vient alors à l’esprit: il va organiser un projet de film de SF bidon et faire passer les diplomates pour une équipe de tournage venue faire des repérages ! Le nom de ce film… Argo ! Les iraniens se laisseront-ils duper par cet étrange subterfuge ? Basée sur une histoire vraie (oui, oui !), Argo restitue assez fidèlement et avec une objectivité fort louable un épisode trouble de la diplomatie américaine… Ce projet de longue date de Ben Affleck, qui lui tient particulièrement à cœur, n’est pas un hommage dégoulinant de patriotisme à la CIA (comme certains pourraient le penser ou le craindre). C’est l’hommage à une poignée d’êtres humains qui, au milieu de l’Histoire, ont tenté de sauver leurs vies. Tony Mendez, l’ambassadeur du Canada à Téhéran, les diplomates américains, la gouvernante de l’ambassadeur (pour qui le destin s’avère plutôt farceur, je trouve…), … C’est ce que j’ai retenu de ce film: le contraste et l’opposition entre l’Histoire et les destins personnels de femmes et d’hommes tentant de survivre ! Et ce point de vue «intimiste» dans un film de ce genre est plutôt rare car risqué sur les plans de la mise en scène et du montage… Or, William Goldenberg et Ben Affleck ont fait un boulot des plus remarquables dans ces deux domaines ! S’ajoutent à cela une interprétation de qualité (Ben Affleck, John Goodman, Alan Arkin, Clea DuVall et Victor Garber sont magnifiques !), une B.O. d’Alexandre Desplat aussi puissante que discrète, une photographie saisissante et une tension maintenue de mains de maître qui donne l’impression que ces deux heures passent à la vitesse de la lumière… Ce fut mon cas ! Bref, tout ça pour vous dire que cela faisait longtemps que les américains n’avaient plus sorti un film politico-historique de cette trempe ! Bravo à Ben Affleck pour ce chef-d’œuvre humaniste qui, je le répète, n’a rien de pathétiquement patriotique ! Quand l’Humain est vraiment au centre de l’Histoire, cela donne ce résultat ! Brillant ! … … Pour terminer, j’ajouterai que l’on peut voir ce film comme une définition du cinéma. Le cinéma doit autant divertir que servir une cause. S’il ne remplit qu’une de ces deux fonctions, il est imparfait. Pas forcément mauvais, non. Mais les vrais films, dont on se souvient longtemps après, sont ceux qui se rapprochent le plus de l’osmose parfaite entre spectacle et engagement. En cela, le film de Monsieur Affleck n’a rien à envier aux meilleurs Eastwood ou Lumet !