Mon nom est Tsotsi

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Oscar du meilleur film étranger 2006, Mon nom est Tsotsi est un long métrage sud-africain peignant sans fard le terrible tableau d’une réalité que nous, occidentaux, ne pouvons que soupçonner... Celle des nombreux ghettos de Johannesburg livrés à eux-mêmes dans l’insalubrité la plus totale… Et la fin de l’Apartheid n’a malheureusement rien changé à cela ! Avec moins d’originalité que le marquant District 9, l’oeuvre de Gavin Hood livre un message plein d’espoir et de confiance en la nature humaine. Mais le point fort du scénario est ailleurs… La famille et surtout l’absence du père constituent ici les prismes (ou filtres, comme vous voulez) d’observation d’une Afrique du Sud au bord du gouffre (que les médias ont soigneusement oublié de montrer lors de la dernière Coupe du monde de football… :-/). Vous allez comprendre… Dans l’enfer de Soweto vit un jeune homme d’à peine vingt ans se faisant appeler Tsotsi… Tsotsi, ce n’est pas son prénom. Ce terme signifie «voyou» ou «gangster» en afrikaans. Sans passé ni avenir et rongé par une perpétuelle colère, cet orphelin n’existe qu’à travers son petit pouvoir de chef de bande. Mais un soir, il tabasse l’un des membres et s’en retourne errer seul dans la nuit… Jusqu’à une banlieue aisée où il agresse une femme qui tentait d’ouvrir le portail de sa demeure pour y rentrer sa voiture. Après avoir tiré sur elle, il s’enfuit dans la BMW de la victime… Et découvre avec effroi un bébé à l’arrière du véhicule !!! Que va faire Tsotsi ? ^^ Pour avoir la réponse, je vous encourage à regarder ce drame social peu commun ayant partagé la critique à sa sortie… Trop de clichés, d’après certains. Comme pour Daratt, la «démonstration» de l’humanité retrouvée du protagoniste peut paraître rapide et superficielle… Mais c’est le format qui impose cela ! Il faut regarder ce film comme une fable, un conte qui prend ses racines dans le caniveau mais s’élève toujours plus haut vers la lumière ! Je détourne Wilde qui disait: «Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d’entre nous regardent les étoiles.»… A l’image de ce bel anti-héros qu’est Tsotsi, magnifiquement interprété par Presley Chweneyagae ! Grâce à ce petit être fragile qu’il a kidnappé malgré lui, Tsotsi va ressentir des émotions qui lui étaient complètement étrangères telles que la compassion ou encore la tendresse. Ce rôle de «père improvisé» ne va cesser de le renvoyer à son propre passé, ou devrais-je dire son absence de passé… Bien qu’il n’ait jamais connu l’amour paternel, Tsotsi se découvre une âme protectrice, une manière de combler le vide de son existence… Un vide que la société dans laquelle il vit ne lui permet pas de combler positivement ! Education, santé, sécurité… Tout cela ne court pas les rues des ghettos du coin ! D’une certaine façon, l’occasion lui est offerte de se libérer et d’achever enfin son «deuil» d’un père et d’une mère dont il a volontairement occulté tous les souvenirs. Personnellement, je trouve le spectacle de cette renaissance magnifique ! Tsotsi est une sorte de grand enfant qui a été obligé de rapidement devenir adulte et sacrifier son adolescence pour s’en sortir comme il pouvait. Ce spectacle ne serait rien sans la qualité de l’interprétation et l’étonnante B.O. composée de musiques actuelles énergiques illustrant parfaitement les côtés «gangsta», poisseux et décadent des bidonvilles ! Bref, Mon nom est Tsotsi est plein d’amour et lutte à sa manière contre l’oubli à l’égard de la situation actuelle en Afrique du Sud ! Et s’il fallait retenir un message universel, ce serait celui-ci: la famille est force de vie et d’espoir ! Une belle histoire de rédemption à la puissance poétique rare !