Oxygène

Oxyg_ne

Chose promise, chose due. Je suis allé à l’avant-première orléanaise du film Oxygène (qui a été un succès avec une centaine de personnes présentes dans une salle d’environ 180 places ^^) et, malgré quelques appréhensions, je n’ai pas du tout été déçu… Au contraire ! Quand on pense mucoviscidose, on s’attend à voir un film larmoyant à chaque plan. Mais le réalisateur a réussi un énorme challenge: faire un film réaliste sur la mucoviscidose (les scènes d’hôpital, l’interprétation des rôles de malades, …) sans que celle-ci ne domine l’ensemble ! Car ce que l’on retient du film est plus «philosophique»… Je m’explique. Tom, atteint de cette maladie, a décidé de piloter sa vie à 200 à l’heure sans se poser les questions qu’un «non-malade» du même âge se poserait: quelles études ? ; quel métier ? ;  une vie de couple ? ; … Après tout, pourquoi se les poser ? Pas le temps, selon Tom ! Pour conjurer une espérance de vie qu’il sait fatalement diminuée, notre jeune protagoniste va se laisser aller à quelques excès: il boit, fume, fait des petits trafics en tout genre avec des potes pas très nets, … Mais en même temps, quel adolescent (ou jeune adulte) ne fait pas ça ? De nombreuses personnes de son âge (20 ans) font ce que fait Tom dans le film sans pour autant être malades. Toute l’ambiguïté de Tom est là: d’un côté, il est comme tous les adolescents ou jeunes adultes de notre temps et cherche (maladroitement) sa voie – ce qui est une preuve de sa volonté de vivre – et, de l’autre, il ne se rend pas compte – tout au moins au début – qu’il passe à côté de choses essentielles de la vie comme le partage, la tolérance, l’amour, … Des choses qu’il n’aura peut-être pas le temps de connaître à cause de la mucoviscidose. Mais comment demander à un adolescent de vivre plus vite que la musique habituelle de la vie ? On ne peut pas obliger une personne atteinte de cette maladie à renoncer à son adolescence et à passer directement de l’enfance à l’âge adulte, c’est tout bonnement insensé ! L’adolescence, la famille, le rapport au temps, le deuil, la tolérance, le respect d’autrui, l’estime de soi, l’amour et l’amitié sont les vrais thèmes d’Oxygène. La mucoviscidose est plus un contexte qui plane plus ou moins légèrement au-dessus des personnages et de l’intrigue. Et le film pourrait tout aussi bien traiter du cancer ou du sida sans la moindre modification de l’histoire ! Quel est le sens de la vie pour un adolescent ou un jeune adulte atteint par la mucoviscidose ? Est-il finalement identique à celui d’un «non-malade» de la même génération ? Le film apporte une réponse pleine d’espoir à tout ceci. Tom commence à percevoir tout l’amour que ses proches lui vouent (Xavier, sa famille, Eline, …) au moment où sa santé décline sérieusement… Alors qu’il ne trouve plus le courage d’avancer au point même de se retirer de la liste d’attente des greffes de poumons (et donc, pour ainsi dire, de se laisser mourir), le destin va lui donner une dernière chance… Voilà un autre message du film: savoir saisir et embrasser son destin ! Les derniers instants du film sont très intéressants. Après la dernière image du film (Tom qui est sur le point de se faire opérer et d’avoir sa greffe), le spectateur est plongé dans le noir pendant de longues secondes (alors que la B.O. continue de claironner) avant de voir enfin apparaître le début du générique de fin. Ce n’est pas innocent (en tout cas, c’est ce que je pense… Ou alors, je surinterprète encore ! ^^)… Deux hypothèses: le réalisateur du film a simplement voulu laisser le spectateur se faire sa propre fin à travers ce procédé. Ou bien on peut aussi voir cette scène comme le symbole du passage de l’adolescence à l’âge adulte. En effet, c’est peut-être une manière de mettre en valeur la décision finale de Tom d’accepter cette greffe. Ce qui se passe après (le résultat de l’opération) est finalement anecdotique au regard de cette cruciale décision qui symbolise l’envie de s’en sortir et de faire quelque chose de sa vie pour Tom. Avant d’en terminer avec Oxygène, un petit mot sur l’aspect technique du film: tout est maîtrisé (n’ayons pas peur des mots) mais quelques points forts se détachent quand même. L’interprétation est magistrale (Stef Aerts et Wouter Hendrickx en tête), la mise en scène dynamique et la B.O. sublime (certains thèmes teintés d'électro / electro collent parfaitement avec le déroulement de l’intrigue) ! Pour revenir à la mise en scène ainsi qu’au montage, il est à noter que le film se déroule du point de vue du malade (Tom) plutôt que de celui de ses parents… Parents que l’on voit finalement très peu et qui réagissent comme beaucoup d’autres parents, en se laissant submerger par leurs émotions devant la difficulté de communiquer avec leur jeune progéniture en pleine «crise existentielle» (le lot de tous les parents d’adolescents, ou presque !). Ce choix du réalisateur est d’une profonde humanité et se démarque de beaucoup de films qui privilégient bien souvent le point de vue des parents d’enfant(s) malade(s)(ou qui alternent entre les deux points de vue). Finalement, que retenir d’Oxygène ? Trois choses: cinématographiquement parlant, c’est un film qui possède de très grandes qualités et qui ne fait que confirmer l’excellente santé du cinéma belge ! Ensuite, il ne verse pas dans le pathos et propose une vision réaliste de la mucoviscidose sans pour autant en faire le sujet principal (ici, les deux grands thèmes sont l’adolescence et l’importance de la confiance en soi pour affronter la vie et aimer son prochain… Si on ne s’aime pas soi-même, comment aimer autrui ?). Enfin, Oxygène est un film plutôt positif (et oui !) qui réserve de jolis petits moments d’humour et d’émotion et qui, en choisissant le point de vue du malade, fait preuve d’une très grande humanité tout en parvenant à dédramatiser la situation ! Un film remarquable qui parle d'adolescence avec intelligence et bienveillance ! A VOIR ABSOLUMENT ! ! !

Bande-annonce: