Jack l'éventreur

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Le téléfilm n’a rien à envier au film de cinéma, qu’on se le dise ! Quelques exemples: Duel (de Steven Spielberg), Merlin (de Steve Barron) ou encore Ça / «Il» est revenu (de Tommy Lee Wallace). Mais l’un de mes téléfilms préférés reste sans aucun doute ce somptueux Jack l’éventreur de David Wickes ! L’histoire, tout le monde la connaît: une série de meurtres sanglants a lieu dans l’East End de Londres en 1888, plus précisément dans la zone de Whitechapel. L’inspecteur Frederick Abberline, ancien héros de la police londonienne devenu alcoolique, est chargé de mener l’enquête. Très vite, il constate qu’elle sera des plus difficiles: les témoins refusent de parler, ses supérieurs freinent l’avancée de son travail et semblent subir certaines pressions en haut lieu, la presse s’amuse avec tout ça et ridiculise les forces de l’ordre, … Mais Abberline, en quête de rédemption, compte bien aller jusqu’au bout de l’affaire et débusquer ce monstre maléfique que tout le monde surnomme déjà… Jack l’éventreur ! Classique. Mais l’intérêt n’est ni dans l’intrigue (qui commet quelques petites erreurs historiques) ni dans l’identité du coupable «choisi» par l’équipe du film (le chirurgien de la Reine Victoria). Non. Ce qui compte ici n’est rien d’autre que l’ambiance, l’esthétisme et la reconstitution du Londres de la fin du XIXème siècle. Tout en proposant une enquête policière palpitante, l’œuvre de Wickes nous gratifie d’une photographie léchée, de décors très travaillés et de costumes d’époque d’une authenticité époustouflante ! L’atmosphère des bas-fonds victoriens chers à Kellow Chesney est rendue à la perfection: les tavernes, la prostitution, la criminalité et la violence permanentes des quartiers pauvres de Londres dans lesquels venaient se perdre de riches hommes en quête de stupre et de plaisirs artificiels (le fameux cocktail femmes et opium !), … S’ajoutent à tout cela une interprétation exceptionnelle (Michael Caine est géant, comme à son habitude, mais Armand Assante l’est tout autant ! Et heureusement, d’ailleurs ! Si cela n’avait pas été le cas, l’ensemble de l’interprétation aurait été trop déséquilibré…), une B.O. de qualité et un montage sérieux (bien que légèrement académique… Trop britannique, peut-être ?). Les thèmes du pouvoir (et ses arcanes) et de la dualité inhérente à l'homme (l'imbrication des parts d'animalité et d'humanité en chacun de nous) sont abordés avec une certaine acuité. Concernant le second sujet, j'aime particulièrement le passage où l'acteur Richard Mansfield (incarné par Assante) joue Dr Jekyll et Mr Hyde sur scène. Le jeu de Mansfield et la spectaculaire transformation de son célèbre personnage vont aiguiller Abberline dans son enquête et l'éclairer sur la personnalité double de l'assassin. A ce jour, il s’agit pour moi du seul (très) long métrage (trois heures !) qui respecte vraiment l’époque victorienne dans tout ce qu’elle a de splendide et décadent ! Bien sûr, je ne parle pas du film Le Portrait de Dorian Gray (d’Albert Lewin), hors concours tant il semble maintenant certain que son statut de modèle du genre demeurera pour longtemps (éternellement ?) indiscutable ! Quel étrange paradoxe, cependant… Ce téléfilm est à la fois solide et inexact sur le strict plan historique ! Comment est-il possible de retranscrire aussi bien cette fin de siècle britannique et laisser passer certaines inexactitudes à propos de la véritable enquête sur l’éventreur (notamment la description de la mort de Liz Stride, erronée dans le film). Malgré cela, Jack l’éventreur version Wickes est un petit bijou de polar glauque (assez violent, attention) qui vous fera passer un délicieux moment et dont la beauté esthétique n’a d’égal que la précision du rendu du Londres victorien décadent ! Passionnant !