Faute de disponibilité, je vous propose un petit "compte-rendu" en deux temps de la soirée "Le court s'anime" - 10ème édition (mardi 20 mars à 20h30 - Théâtre d'Orléans): un peu de monde et huit courts-métrages de bonne qualité ! Pas vraiment de cohérence thématique entre les oeuvres, si ce n'est une grande variété dans les techniques d'animation. Les thèmes étaient assez lourds (violence conjugale, cruauté enfantine, enfermement dans le travail et routine de la vie quotidienne, ...). Sur la totalité des films, j'ai décidé d'en mettre en valeur six. Les deux autres étaient également intéressants mais tout de même un ton en-dessous et surtout plus difficiles d'accès... Cependant, et je préfère vous prévenir, ceux sélectionnés par votre humble serviteur ne sont pas trop "grand public" non plus... Globalement, j'ai trouvé cette soirée trop élitiste bien que passionnante. Je suis d'avance désolé si, par instants, vous décrochez de mes chroniques (notamment la première).

Comme je vous le disais au début, ce sera donc un article en deux temps: trois films aujourd'hui (The Spine, Der Grosse Bruder et Rubika) et les trois autres (Bisclavret, Luminaris et Angry Man) dans quelques jours. Sans plus attendre, place aux chroniques et surtout... Aux vidéos ! :-))

The Spine

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Voilà un court-métrage que j’ai hésité à vous présenter… Très délicat à interpréter, The Spine («spine» signifie «échine») parle des rapports de force et de la communication dans le couple, du désir irrésistiblement naturel d’être mère et de la notion de sacrifice. La grande histoire d’amour de Dan et Mary Rutherford, mariés depuis bien longtemps, se désagrège à vue d’œil… Pour tenter de sauver ce qui reste de leur union, ils décident de participer à une psychothérapie de groupe réunissant d’autres couples en difficulté. Première chose que l’on constate: que ces personnages sont… Bizarres ! En fait, Chris Landreth a voulu que leurs états d'âme et problèmes transparaissent physiquement… Par exemple, l’espèce d’être humain fait d’une moitié de femme et d’une moitié d'homme cousues ensemble et dont la première moitié semble vouloir se détacher de la seconde représente probablement un couple dans lequel la femme souffre de ne pas avoir assez de moments rien qu'à elle et à elle seule (il en faut ! ^^). Une idée visuelle plutôt astucieuse mais qui peut dérouter et empêcher le spectateur de rentrer dans l’intrigue… Risqué, donc. Et c’est d’autant plus risqué que le propos est intéressant. Je n’ai pas tout compris dans les moindres détails (je l’avoue) mais voilà ce que je peux vous «livrer»: Dan se comporte volontairement en enfant dans son couple (ce que lui reproche, parmi d’autres choses, sa dulcinée) afin d’apaiser la frustration de sa femme qui n’a jamais pu élever de progéniture. En effet, Mary a appris qu’elle était stérile peu de temps après s’être mariée avec Dan… Et si elle est devenue si grosse, c’est à cause des cures de médicaments anti-stérilité. Ce manque insupportable de maternité, combiné à sa transformation physique, a rendu madame de plus en plus aigrie et dure vis-à-vis de son mari qui a pourtant sacrifié ses fonctions d’époux et même d’homme pour lui offrir l’illusion d’être une mère ! Une situation assez malsaine, certes, mais tout de même une belle preuve d’amour. Le passage où Mary quitte le foyer est intéressant… Il montre un Dan transformé aussi bien physiquement (c’est là que l’échine intervient… ^^) que psychiquement, qui retrouve sa masculinité et, plus que cela, sa liberté. Ce passage signifie surtout qu’un couple survit difficilement si chacun ne s’octroie pas de temps libre en dehors… Le fameux «jardin secret» ! Mais c’est finalement l’amour et la rédemption qui triomphent à la fin, quand Dan retrouve son épouse. Son apparence redevient ce qu’elle était mais sa Mary sait maintenant pourquoi il est ainsi et l’accepte. Un beau petit film à l’animation soignée, très poétique et profond… Mais que je trouve un peu trop torturé à mon goût. Il faut vraiment être concentré et attentif pour l'apprécier à sa juste valeur… Ce qui n’était peut-être pas forcément mon cas ce soir-là. N.B.: la vidéo est en version originale non sous-titrée… Désolé pour les non anglophones ! :-/

Der Grosse Bruder

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Der Grosse Bruder est une petite curiosité germano-suisse qui a l’ambition de parler de cruauté enfantine aux jeunes enfants dès l'âge de 4 ou 5 ans… Exercice peu évident, a priori. Mais là, contrairement à The Spine (voir plus haut), les auteurs se sont mis au niveau du public visé. Le choix de la technique d’animation est la plus basique qui soit (du dessin sur papier !) et l’histoire est simple et ludique: un dessinateur, dont on ne voit que les mains, croque deux enfants (un garçon et une fille) sur du papier. Il entreprend de dessiner un troisième personnage mais est constamment dérangé par le téléphone ou d’autres évènements… Il le dessine donc par à-coups (une jambe par-ci, un bras par-là, …). Mais à chaque fois qu’il s’absente, les deux autres enfants en profitent pour «martyriser» l'énigmatique inconnu inachevé: ils se moquent de lui, se servent de sa tête comme d’un ballon (voir l'extrait vidéo ci-dessus), … Personnellement, j’ai grandement apprécié la propension de ce petit film à parler d’un sujet un peu «tabou» avec autant d’efficacité que de légèreté ! Les enfants peuvent être (et sont souvent) cruels malgré eux dans leurs jeux mais cela ne doit pas pour autant rester une sorte de «fatalité atténuée» sur laquelle il est impossible d'agir. Les deux petits enfants «tortionnaires» (un bien grand mot, j'en conviens ^^) de l’œuvre vont découvrir que ce fameux troisième personnage, une fois terminé par le dessinateur, n’est autre que leur grand frère (d’où le titre) sur lequel ils n’ont plus le dessus physiquement. Loin d’être rancunier, ce dernier pardonne aux deux loustics et toute la famille est enfin réunie ! Der Grosse Bruder est un petit court-métrage très pédagogique qu’il est nécessaire de montrer dans les classes et offre en prime aux plus jeunes une bonne occasion de découvrir la conception d’un film d’animation ! Vous noterez d’ailleurs au passage que les animateurs ont laissé apparente en haut à droite la numérotation des feuilles utilisées… Et quand on voit le nombre de feuilles nécessaires pour une petite œuvre de 6 minutes, on se rend mieux compte de l’ampleur du boulot ! Bref, avis aux professeurs des écoles ! :-)

Rubika

Rubika

Seul court-métrage d’animation en 3D de la soirée, Rubika avait des allures de bouffée d’oxygène tant la majorité des autres œuvres projetées était sombre (sur le plan des thématiques, j’entends). Ici, seul l’amusement compte… Il en faut aussi, de ces petits films distrayants. L’histoire, en deux mots: Rubika est une planète en forme de Rubik’s Cube à la gravité aléatoire et fantaisiste. Une personne marchant tranquillement dans le désert va l’apprendre à ses dépens et tenter tant bien que mal de résister à ces forces imprévisibles… Avec ses faux airs de Logorama et son univers graphique à mi-chemin entre une célèbre marque de jeux de construction (ça commence par un «L» et ça finit par «EGO», pour ne pas la citer… ^^) et nos bons vieux jeux Amstrad CPC 6128, Rubika est un petit film drolatique très coloré qui se déguste comme un petit goûter dans la cour de récré entre deux heures de cours ! L’ambiance sonore affiche un côté «jeu vidéo rétro» des plus plaisants, avec un gros plus pour la musique de fin… Tout simplement géniale ! 4 minutes ludiques à souhait qui font de cet «intermède» un agréable moment plein de fraîcheur !

Suite et fin au prochain épisode ! ^^

To be continued...