Bruno Cremer est parti à l'âge de 80 ans ce samedi 7 août 2010... Avec lui part un des très rares grands acteurs français. Je ne suis pas un fan absolu du cinéma français... Mais certains acteurs comme lui, Philippe Noiret ou encore Michel Piccoli ont écrit les plus belles pages de l'histoire du cinéma hexagonal ! Très charismatique, son jeu d'acteur fin et subtil lui permettait de tout jouer avec aisance. Beaucoup de gens se souviendront de lui dans le rôle du Commissaire Jules Maigret (qu'il jouait à merveille dans l'excellente série française Maigret)... Pour ma part (et même si je n'ai pas vu tous "ses" films), je me souviendrai de lui à travers les trois excellents longs métrages ci-dessous:

Le Prix du danger

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Bien meilleur que son remake américain Running Man (réalisé par Paul Michael Glaser), le film d'Yves Boisset est remarquable d'intelligence et de lucidité ! Dans Le Prix du danger, aucun personnage n’a grâce aux yeux du réalisateur ! Des lâches, des hypocrites, des menteurs, des gens aveuglés par leurs instincts les plus bas... Cette oeuvre montre à merveille la décadence de notre époque et l'aveuglement sidérant qui nous caractérise ! Pendant que la société se désagrège tranquillement (chômage, ...), les gens semblent "oublier" leurs conditions de vie en plongeant sans retenue dans ce jeu télévisé cruel et intéressé... Plutôt visionnaire au regard des quelques dernières années, n’est-ce pas ? Les premiers responsables dans le film, ce sont eux, les spectateurs manipulés qui en redemandent et valident (en quelque sorte) ce système ! Le film dénonce habilement les rouages du contrôle de l'information par les plus hautes instances (sa diffusion dans les médias, la presse, …). Le Prix du danger essaie de nous délivrer un message essentiel… Si le film pouvait nous parler, il nous dirait: "ouvrez les yeux ! Ayez un regard critique sur ce qui vous est présenté comme étant LA vérité !" Techniquement, cette oeuvre est prenante, bien rythmée, très bien interprétée (excellents Michel Piccoli et Bruno Cremer !) et ne s'embarrasse pas de passages superflus. On pourrait peut-être lui reprocher un petit côté caricatural, mais qui est à mon sens nécessaire à la démonstration magistrale de ce film coup de poing ! A ce jour, Le Prix du danger reste indiscutablement mon film français préféré !

Noce blanche

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Noce blanche est un film à l’atmosphère envoûtante qui parle d’amour, de liberté, de vie de couple, des rapports de force entre les êtres (domination/soumission, possession, manipulation, ...), de famille et d’éducation. La force de cette œuvre ne réside pas dans son scénario, simple mais efficace. La réalisation, la mise en scène et l’interprétation (Bruno Cremer en tête) donnent beaucoup d’épaisseur à cette très jolie histoire… Celle d’un homme qui va peu à peu perdre ses repères et ses certitudes vis-à-vis de la société et du monde tranquille qu’il s’était créé au contact d’une fraîche jeune fille totalement insouciante et désenchantée (bien que remarquablement intelligente)… C’est la rencontre symbolique entre l’univers froid et trop cartésien des adultes et celui insouciant et fragile de l’adolescence. Si le personnage incarné par Vanessa Paradis semble fragile et perdu, on constate au fur et à mesure que le film avance que le personnage joué par Bruno Cremer est encore plus égaré et que ses illusions et ses croyances sur la vie en société et le sens de la vie en général (se construire un foyer et avoir une vie de couple bien rangée, avoir un travail respectable, ...) ont vacillé avec le temps. Tout comme son désir de vivre, de se battre pour réaliser ses envies et ses souhaits les plus chers. Et le fait qu'il soit professeur de philosophie ajoute beaucoup d'ironie à la situation... En cela, Noce blanche peut être qualifié de satire sociale. Mais n'oublions pas que ce chef-d'oeuvre reste avant tout un film sur l'amour fou, la véritable passion, à la fois exaltante et destructrice ! A voir à tête reposée…

L'Alpagueur

L_Alpagueur

Lorsque l’on évoque la carrière de Jean-Paul Belmondo, L’Alpagueur n’est pas nécessairement le premier film auquel on pense… Et pourtant… J’adore ce film policier ! Ce n’est certes que du pur divertissement, mais du divertissement de grande classe ! Le très gros point fort du film est l’interprétation, et notamment la magistrale performance de Bruno Cremer dans le rôle de l’Epervier, l’ennemi public n°1. Tout en charisme et en finesse, il contribue plus que largement à rendre captivant ce chassé-croisé entre les deux protagonistes de ce thriller à l’intrigue dense et astucieuse. Bien qu’émaillé de quelques très bonnes scènes d’action, on retiendra du film les nombreux passages plus "psychologiques" entre l’Epervier et ses malheureuses et naïves victimes. L’apothéose du film reste néanmoins la brève mais terrible rencontre entre l’Alpagueur (le chasseur de primes incarné par Belmondo) et l’Epervier ! Cette scène tendue tant attendue par le spectateur chez qui l’excitation est progressivement montée tout au long du film met un point final de toute beauté à une histoire menée de main de maître par Philippe Labro, le réalisateur. L’intrigue policière (le réseau de prostitution à grande échelle, les flics ripoux, …) reste presque au second plan en comparaison de l’intensité dramatique et du suspense émanant de la traque de l’Epervier par l’Alpagueur… En bref, ce film est à voir pour une énorme performance d’acteur (celle de Bruno Cremer) et un duel à distance tendu et psychologique entre deux excellents personnages. De ce point de vue là, L’Alpagueur n’a rien à envier au Heat de Michael Mann ! Efficace.

EN SAVOIR PLUS:

Pour ceux qui désirent en savoir plus sur la vie et la très grande filmographie (quantitativement et qualitativement parlant) de Bruno Cremer, vous pouvez visiter les deux pages Internet ci-dessous:

Bruno Cremer - Allociné

Bruno Cremer - Wikipédia