22 mai 2012

Prince of Persia : les Sables du Temps (de Mike Newell)

Prince of Persia: les Sables du Temps

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En cette période cannoise, permettez-moi de vous présenter… Un blockbuster. ^^ Prince of Persia: les Sables du Temps (que j’abrègerai POPST) est l’adaptation du célèbre jeu vidéo éponyme sur PS2. Et pour une fois, il s’agit d’une transposition très réussie ! Habituellement, les aventures sur consoles donnent de très mauvais films… Souvenez-vous du triste sort qu’avait subi le légendaire Mario dans les années 90 ? :-/ Pourtant, la sphère vidéoludique a un potentiel gigantesque ! Le problème vient d’une certaine condescendance de la part du septième art vis-à-vis du jeu vidéo. Le cinéma voit ce dernier comme un simple réservoir à divertissements faciles… En tout cas, Mike Newell fait montre d’un certain respect à l’égard de l’œuvre dont il s’est inspiré pour son POPST. Le résultat est un film d’aventures grand public captivant qui nous plonge dans un conte digne des Mille et Une Nuits ! L’histoire en deux mots: Empire Perse, VIème siècle… Les trois fils du roi Sharaman (Tus, Garsiv et Dastan) ainsi que son propre frère (Nizam) assiègent la cité d’Alamut qui, d’après un espion, fournirait des armes aux adversaires de l’Empire ! Au cours de l’assaut, Dastan s’empare d’une mystérieuse dague dont le manche contient du sable... Un assaut qui n’est pas du goût du monarque lui-même ! Il reproche à Tus, son fils aîné et l’héritier du trône, d’avoir attaqué bien trop prestement la cité. Persuadé de son bon droit, Tus se met à chercher les forges d’Alamut pour prouver à son père qu’il a bien fait de passer à l’action. Le calme revenu, le bruit des armes et l’odeur du sang cèdent la place aux festivités ! Le mariage de la princesse des lieux, la belle Tamina, et Dastan est prévu et permettra à la régence du roi Sharaman de démarrer sous les meilleurs auspices ! Mais quand Dastan remet la tunique officielle de régent à son père adoptif lors de la cérémonie, tout bascule ! La tunique est empoisonnée et tue le roi Sharaman ! ! ! Les soupçons se tournent logiquement vers Dastan qui est obligé de fuir pour sauver sa peau ! Il emmène Tamina avec lui de même que l’étrange dague trouvée sur le champ de bataille… Alors que nos deux fugitifs bivouaquent dans le désert, Tamina tente de tuer Dastan et de récupérer la dague dont elle est la gardienne ! En voulant se défendre, ce dernier l’active malgré lui et libère les sables magiques présents à l’intérieur du manche. Il découvre alors que cette dague a le pouvoir de remonter le temps et que seul son possesseur a conscience de son effet ! Il comprend également que la vraie raison de l’attaque d’Alamut est liée à cette arme magique et suspecte Tus de vouloir se l’approprier à n’importe quel prix pour régner en maître sur le monde… Accompagné de Tamina, Dastan va tout tenter afin de prouver son innocence et surtout stopper les funestes desseins de son frère aîné… Mais Tus est-il vraiment le meurtrier du roi Sharaman ? :-) Je ne vous en dis pas plus ! Si POPST se contente de reprendre tous les vieux ingrédients classiques des grands films d’aventures (une romance, de l’humour et des scènes d’action), il est assez surprenant de constater que la recette fonctionne toujours ! Pourquoi ? Je pense que la principale raison tient dans le bon dosage de l’humour, peu envahissant et permettant au côté tragédie familiale épique de se développer et de s’imposer. C’est d’autant plus inattendu qu’il s’agit d’une production Disney, une firme habituée à noyer la plupart de ses longs métrages sous des tonnes de lourdeurs comiques ! Mais la distillation de l’humour ne fait pas tout. Soulignons ainsi une distribution aussi variée que prestigieuse (Ben Kingsley, Alfred Molina, Jake Gyllenhaal et Gemma Arterton), un scénario solide aux rebondissements bien sentis, une B.O. efficace (à défaut d’être originale), une jolie photographie (assez rare dans un film aussi grand public !) et d’excellents costumes. Les effets spéciaux ne sont pas en reste non plus et participent grandement au spectacle proposé par Mike Newell. Le caractère sautillant du héros, qui est la signature de la franchise vidéoludique Prince of Persia, est bien intégré dans les évènements et bon nombre de passages et courses-poursuites donnent l’occasion à Dastan de bondir de toits en toits, de murs en murs ou encore d’autruches en autruches (^^) ! Il y avait un petit risque de tomber dans le ridicule mais les talents conjugués de Newell et Gyllenhaal ont su éviter le piège ! Bref, si vous aimez Indiana Jones, les contes des Mille et Une Nuits, les histoires de princes et de princesses, les trahisons familiales, la beauté des paysages désertiques et les saveurs épicées de la Perse, alors POPST est fait pour vous ! Une épopée de deux heures à couper le souffle durant laquelle vous oublierez la signification du mot «ennui» ! Tout simplement haletant ! Petit rajout du 24/05/2012: je ne partage pas les avis de certains critiques (trop à mon goût) sur le thème des armes de destruction massive. Pour moi, POPST n'en parle pas. Au mieux, ce n'est qu'une vague allusion (volontaire ?)... C'EST UN DIVERTISSEMENT et je pense que le juger autrement est impropre. :-/

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17 mai 2012

Blow-Up (de Michelangelo Antonioni)

Blow-Up

Blow_Up

«Puis-je faire confiance à mes sens ?»… A l’époque, ce sujet de philosophie sur lequel je devais disserter lors de mon bac m’avait donné du fil à retordre ! :-/ Mais je n’avais pas encore vu Blow-Up, de Michelangelo Antonioni ! Ma dissertation, pour laquelle j’ai obtenu un magnifique 09/20 (sans commentaire… :-/), s’en serait trouvée totalement bouleversée si j’avais pu au préalable visionner cet ovni du septième art ! Heureusement, cela ne m’a pas empêché d’obtenir mon diplôme (merci les langues vivantes ! ^^). Quelles sont-les limites du réel et de l’irréel ? L’illusion n’est-elle pas une forme de réalité ? Et même, l’illusion n’est-elle pas l’unique forme de réalité permettant à l’homme d’avancer ? Je préfère vous annoncer tout de suite la couleur: Blow-Up fait vaciller les fondements les plus profonds de notre croyance la moins attaquée (et attaquable ?) à ce jour… La réalité dans toute son évidence ! … … Vous l’aurez deviné, Blow-Up est un film très complexe à appréhender qui va loin, mais alors très loin, dans son analyse du sujet ! Même trop loin, selon moi. Mais au fait, quelle est l’intrigue de ce thriller philosophique adapté d'une nouvelle de Julio Cortazar, Les fils de la vierge ? Elle nous plonge au cœur du foisonnant Londres des sixties ! Thomas, photographe de mode en vue, prépare un ouvrage sur la ville d’Oscar Wilde, mais un ouvrage réaliste. Probablement une manière de «fuir» la routine des playmates… Alors qu’il se balade dans un parc à la recherche de clichés, il aperçoit un couple roucoulant sur la pelouse. La femme, contrariée par ce gêneur, réclame les négatifs de notre cher ami photographe qui préfère fuir la requête… Ce qui n’atténue en rien la motivation de la jeune femme, Jane, pour récupérer ces fameux négatifs… Au contraire ! Une fois Thomas retrouvé, elle va jusqu’à lui proposer de coucher avec elle contre ce «butin argentique» ! Mais le jeune homme donne une fausse pellicule à la belle et, piqué par son acharnement,  s’empresse de développer et agrandir les photos du parc. Là, il découvre une forme étrange ressemblant à un cadavre dissimulé dans les buissons et croit alors avoir été témoin malgré lui d’une scène de crime ! Pour en avoir le cœur net, il décide de retourner sur les lieux pendant la nuit… Outre un magnifique portrait de la capitale anglaise des années 60 (musique, libération sexuelle et mini-jupes colorées à gogo !), Blow-Up met en avant un homme enfermé dans son boulot qui va progressivement sortir de sa léthargie grâce à une intuition, un doute, quelque chose qu’il croit avoir vu mais sans certitude… Les indices du crime dont il pense avoir été témoin disparaissent les uns après les autres et conduisent son enquête dans l’impasse. Désespéré par ce qui lui arrive et seul face à cet étrange évènement, il se passe pourtant quelque chose de bénéfique chez Thomas… Il se passionne à nouveau pour la vie, pour la réalité qu’il ne parvenait plus qu’à entrevoir au travers de son objectif ! Il redécouvre un monde mais a du mal à différencier l’illusion du vrai. Comme Thomas, cette histoire nous passionne alors qu’on ne sait que très peu de choses à son sujet. La partie de tennis entre mimes à la fin du film va se révéler capitale pour lui (et pour nous). Elle va lui faire comprendre qu’il importe peu de voir concrètement une chose pour y croire à fond ! Parce que croire à fond en une chose, réelle ou irréelle, c’est vital ! Tout le monde en a besoin ! Thomas aurait pu inconsciemment «fabriquer» cette affaire de meurtre pour sortir de sa torpeur, de son côté «blasé de tout» ! Comme un mécanisme de survie, en somme ! Blow-Up est pour moi une œuvre magistrale sur le concept de foi (au sens philosophique du terme, pas religieux). Et c’est la foi qui permet le combat, la lutte, qui permet de rester actif et d’espérer ! Quelque part, cette partie de tennis est aussi une manière audacieuse de définir le septième art. Qu’est-ce que le cinéma si ce n’est se passionner pour quelque chose de faux et y croire coûte que coûte ? Certains me diront peut-être: «La fiction, ok… Mais les documentaires ? C’est la réalité, non ?» Ceux qui ont déjà parcouru mon blog savent ce que je pense des documentaires (voir l'article La Sortie de l'Usine Lumière à Lyon et mon Top 15 Documentaires)... Ils présentent des faits réels sous le masque de la subjectivité. Dès lors, peut-on parler de réalité ? Un documentaire, c’est une vision subjective de la réalité, un point de vue parmi tant d’autres qui ne représente qu’une part infime de ce que nous appelons LA réalité. J’espère que vous me suivez toujours ? ^^ Je trouve ce long métrage remarquable… Trop remarquable, en fait ! Ce qui m’empêche de mettre Blow-Up dans mon Top 30, alors que j’y ai mis Avalon (un film qui aborde à peu près la même thématique), c’est qu’il me paraît tout simplement inaccessible à un trop grand nombre de spectateurs ! Et le beau et rayonnant message lumineux d’Antonioni (que j’ai précédemment tenté d’expliquer) n’éclairera que peu de monde… Et pas nécessairement les personnes qui ont besoin d’être éclairées, en plus ! :-/ Le cinéma doit rester assez accessible et certaines limites ne doivent pas être franchies, notamment sur les plans de la violence et de l’abstraction ! Avalon ne va peut-être pas aussi loin dans l’analyse mais il reste atteignable, va à l’essentiel et divertit… Voilà pourquoi il a plus de valeur à mes yeux que ce somptueux mais élitiste Blow-Up ! Revenons à des choses plus terre à terre. D’autres thèmes sont abordés comme la solitude, la ville, la femme, l'obsession du pouvoir et du contrôle (apprenons à lâcher du lest pour être plus serein et heureux !), la recherche du bonheur, la photographie et l’art en général. La notion de contemplation est également un point crucial du film. Antonioni tourne de longs moments silencieux où Thomas se contente d’observer, de ressentir. De nombreuses minutes où il ne se passe strictement rien ! Il s’agit moins ici de simplement montrer le travail de photographe que de faire surtout entendre au spectateur l’importance de ces moments de paix absolue et de silence pour avancer et s’épanouir. C’est aussi un moyen technique pour le réalisateur italien de poser une ambiance, une atmosphère qui parvient à masquer (plus ou moins) la maigreur de l’intrigue (c’est un fait). Les autres points forts sont le montage, essentiel à la démonstration, et la photographie (heureusement !). On peut également ajouter, dans une moindre mesure, la réalisation et l’interprétation (avec une mention spéciale au formidable David Hemmings !). Quant à la B.O., elle est hors concours puisque ce n’est ni plus ni moins qu’Herbie Hancock qui la compose ! Si cette œuvre avait été plus accessible, j’aurais pu la brandir et clamer haut et fort: «Voilà mon film préféré !»… Mais Blow-Up a les défauts de ses qualités (lenteur, austérité, …) et je ne le conseille qu’aux cinéphiles avertis cherchant l’opposé du divertissement… Ceux qui cherchent désespérément des réponses à certaines grandes questions philosophiques (le sens de la vie et toutes ces conneries ^^). Et Antonioni leurs apportera la meilleure des réponses: il n’y a aucune réponse puisque tout n’est qu’illusion ! Mais il leurs dira aussi de continuer à chercher sans relâche… Car chercher, fouiller, soulever des montagnes, se lancer dans des quêtes perdues d’avance, … C’est vivre ! A nous de comprendre que chercher le sens de la vie, c’est déjà l’avoir trouvé. :-)

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07 mai 2012

Luxo Jr. (de John Lasseter - Pixar) … Ou la naissance d’un logo !

Luxo Jr.

Luxo_Jr

En guise d’intermède, voici un petit court-métrage d’animation qui affiche déjà 26 ans au compteur… Luxo Jr. ! Signée Pixar (encore eux ^^), l’histoire de cette maman lampe de bureau jouant au ballon avec sa progéniture a fait date à plus d’un titre ! Outre l’occasion pour la bande à Lasseter de montrer tout le talent et l'innovation de sa jeune société en matière de techniques d’animation (notamment lors du SIGGRAPH 1986), Luxo Jr. constitue pour ainsi dire la base de l’identité actuelle de Pixar ! Créer une histoire pleine d’humour, de tendresse et de poésie, insuffler la vie à des objets quelconques du quotidien et les rendre attachants, distiller avec légèreté et profondeur un petit fond ou une vraie réflexion (ici, une banale scène de la vie quotidienne entre une mère et son enfant parvient à rendre tangibles toute la force et la complexité de la notion d’amour maternel !), … Mais surtout, ce court-métrage donne son célèbre logo à Pixar (voir l’image ci-dessous) ! John Lasseter, au moment de choisir son «personnage», chercha un objet à portée de main… Son choix s'arrêta sur sa lampe de bureau, une Luxo. Comme quoi… Les grandes aventures commencent souvent de la plus simple des manières ! ^^ Le succès à la fois populaire et professionnel de Luxo Jr. propulsa la carrière et la notoriété de Pixar au firmament du cinéma d’animation, firmament duquel la firme n’est jamais descendue depuis ! Ce succès fut tel que de très nombreux films réalisés par Pixar regorgent de références à ces deux petites minutes (WALL-E, Toy Story, Red’s Dream, …) ! Néanmoins, les personnes pensant qu’il s’agit là du premier court-métrage de Pixar n’ont pas tout à fait raison… Leur véritable premier court-métrage, celui qui révolutionna l’animation dans le septième art, n’est autre que Les Aventures d’André et Wally B. (d’Alvy Ray Smith)… Créé deux ans plus tôt ! Pour terminer sur l’œuvre qui nous intéresse aujourd’hui, disons juste que les années n’ont pas trop altéré son charme et que les bruitages sont sympas (en particulier celui du «bébé», lorsqu'il s'adresse à sa maman). En trois mots: mignon et historique ! ^^

Logo_Pixar___Luxo_Jr

Pour voir tous les articles de mon blog en rapport avec Pixar, cliquez sur le lien ci-dessous:

- Tous les articles ayant un rapport de près ou de loin avec Pixar (avec plein de vidéos de courts-métrages ^^) -

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02 mai 2012

Hidden (de Jack Sholder)

Hidden

Hidden

Aujourd’hui, je cède aux sirènes de la nostalgie ! Ma première incursion dans l’épouvante et mon goût prononcé pour ce genre si injustement dénigré, je les dois à Hidden ! Qui se rappelle d’Hidden ? Bardé de prix reconnus sur le plan international (Sitges en 1987 et Avoriaz en 1988, entre autres), cette excellente série B nous plonge dans le Los Angeles des eighties. D’étranges crimes sont perpétrés depuis quelques temps et le seul point commun entre eux est troublant: les assassins sont d'honnêtes personnes sans histoire ! ! ! Tom Beck, le policier en charge de cette sordide affaire, se voit contraint de faire équipe avec un agent du FBI, Lloyd Gallagher. Ce dernier, nimbé de mystère, ne revient pas à Beck… Et la tournure des évènements lui donne rapidement raison lorsque notre brave policier découvre avec stupeur que tous ces meurtres sont l’œuvre d’un extraterrestre passant de corps en corps et que Gallagher lui-même est un alien (mais un gentil ^^) ! Il est venu prêter main forte pour stopper la créature… Mais celle-ci n’erre pas sans but et projette ni plus ni moins que de s’emparer du corps du sénateur Holt, candidat favori à la Présidence des Etats-Unis d’Amérique ! Dès lors, il ne s’agit plus de résoudre une banale enquête policière mais bel et bien de sauver le monde d’une subtile invasion extraterrestre ! Alors bien sûr, le résumé de l’intrigue de ce thriller fantastique vous fait certainement penser à Alien, Terminator ou encore et surtout au cultissime The Thing (de John Carpenter). Concernant la dernière œuvre citée, la filiation n’est pas dissimulée… Mais, et je vais peut-être en choquer certaines ou certains, Hidden est largement plus captivant et réussi que cet illustre modèle ! Il mériterait cependant un solide remake car le temps ne l’a pas bonifié. Spécialement du point de vue des effets spéciaux et de la B.O., qui conservent malgré tout un vrai charme. La  B.O., justement, est assez rock et assume totalement le côté années 80, ce qui donne un cachet indéniable au film. Les actions sont bien rythmées et la tension se fait sentir en permanence notamment grâce à un excellent scénario, une réalisation sérieuse et un duo d’acteurs performants qui sonne juste (Kyle MacLachlan et Michael Nouri) ! Les dialogues, très percutants et estampillés eighties eux aussi, contribuent également à maintenir ce rythme et cette tension. La scène d’entrée du film est de loin le passage le plus marquant et lance Hidden sur de bons rails jusqu’au dénouement final, assez surprenant ! Le long métrage de Jack Sholder nous surprend aussi par ses quelques élans dénonciateurs, en particulier à l’encontre de la société de consommation. En extrapolant un peu (même beaucoup ^^), le méchant extraterrestre est peut-être une métaphore du pouvoir dans ce qu'il a de plus violent et néfaste, capable de rendre folle et de corrompre la plus innocente des âmes ! L'ambition "dévorante", en quelque sorte. :-) Mais à part ça, le film reste avant tout un divertissement efficace, original et idéal pour une gentille initiation à l’épouvante (même si, dans le cas présent, on oscille plutôt entre polar, science-fiction et thriller fantastique). Dommage qu’il ne repasse plus à la télé ! TT

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24 avril 2012

Die Friseuse (de Doris Dörrie)

Die Friseuse

Die_Friseuse

Récemment vu par votre humble serviteur lors de Prokino 2012, Die Friseuse (que l’on pourrait traduire en français par La Coiffeuse) est un film qui allie gravité et légèreté avec une habileté confinant à l’alchimie ! L’histoire en deux mots: Kathi König est coiffeuse à Berlin. Un jour, une cliente se plaint de ses malheurs quotidiens… Et nous savons toutes et tous que papoter chez le coiffeur est une chose répandue ! ^^ Kathi, qui est la bonne humeur incarnée, lui conseille de relativiser, de voir la vie du bon côté et de prendre les choses à bras le corps… Après tout, elle sait de quoi elle parle ! Elle est obèse, divorcée et souffre en plus de sclérose en plaques… Et il y a encore peu, elle était sans emploi et sa fille avait tellement honte d’elle qu’aucune communication n’était possible ! La cliente, intriguée, aimerait en savoir plus sur le «parcours» de la coiffeuse. Kathi n’y voit aucune indiscrétion et lui raconte donc comment elle s’est battue pour vivre de sa passion, la coiffure, et a regagné la confiance et l’amour de sa fille. Sa rencontre avec Silke, une femme battue avec qui elle travaillait au noir comme coiffeuse en maison de retraite ; sa courte «carrière» de passeuse de clandestins asiatiques ; son projet avorté de salon de coiffure dans un centre commercial ; … Une aventurière des temps modernes ! Les discriminations sociales dont sont victimes les personnes en surpoids et les femmes constituent le sujet principal du long métrage de Doris Dörrie, la réalisatrice de Cherry Blossoms. Alors beaucoup d’entre vous diront que Die Friseuse est truffé de clichés… Et ce n’est pas faux ! Mais les clichés sont souvent tangibles, ne l’oublions pas ! Et ceux de cette comédie allemande tapent juste ! De plus, on apprécie de voir une femme enjouée qui assume ses rondeurs et ne pense jamais à maigrir. C’est plutôt rare au cinéma ! Cela m’a fait penser à la géniale comédie musicale Hairspray, que je vous recommande d’ailleurs. Mais malgré sa gaieté et sa combativité, Kathi connaît des moments de doute… Des passages qui permettent heureusement de ne pas faire d’elle un personnage trop inaccessible et invincible ! ^^ Le film effleure d’autres thèmes comme la violence conjugale envers les femmes, l’éducation, l’adolescence, l’amour, le mal-logement, la précarité de l'emploi, l'isolement, la place du troisième âge dans notre société, … Concernant la violence conjugale, la manière de procéder est astucieuse: Silke est introduite assez naturellement dans l’intrigue et, comme Kathi, on la découvre uniquement à travers le prisme du travail. On sent une certaine tension planant sur ce personnage, mais de là à se douter qu’il s’agit d’une femme battue... Et quand Kathi et le spectateur l’apprennent, c’est une petite claque car ni l’une ni l’autre n’avaient vu le moindre signe… Le fait de nous révéler cet évènement au moment de «retirer» Silke de l’histoire a, je pense, une fonction quasiment préventive. Comme si Doris Dörrie voulait nous dire de faire plus attention à la détresse des gens qui nous entourent et qui n’est souvent pas visible ou, tout au moins, très peu ! Une autre thématique retient l’attention… Celle de l’immigration. Die Friseuse en parle avec autant d’humour que d'authenticité. A un moment du film, Kathi s’improvise passeuse de clandestins asiatiques à la frontière polonaise afin de gagner suffisamment d’argent pour l’ouverture de son salon ! Mais tout ne se passe pas comme prévu et elle se retrouve obligée d’héberger un grand nombre de personnes dans son minuscule appartement ! L’une d’elles - Tien - parle allemand et, voyant son désarroi, va l’aider à sortir de cette délicate situation… Les codes utilisés entre les passeurs font «sourire» (les hommes sont des pantalons et les femmes des chemisiers !) mais montrent comment l’être humain est assimilé à une simple marchandise de contrebande ! De surcroît, le passeur qui a recruté Kathi est loin d’être honnête et respectueux ! Il profite de la situation et fait preuve d’une certaine vulgarité avec les femmes «passées» (qui ne peuvent protester sous peine d'être menacées de retourner d'où elles viennent !) et ne voit ce «boulot» que comme une manière de gagner de l’argent, occultant tout l’aspect humain de la chose ! On est loin de l'image du passeur au grand cœur que tout le monde a en tête ! Enfin, et c'est un point crucial, il convient aussi de parler du chômage et des emplois précaires qui forment un background tenace durant tout le long métrage, un background qui met en avant une Allemagne bien loin des images d'Epinal dont on nous abreuve en France ! L'Allemagne souffre des mêmes problèmes socio-économiques que l'Hexagone et Die Friseuse a fort raison de nous le rappeler... Toute l’essence de ce film ne serait rien sans le prodigieux travail des interprètes ! Gabriela Maria Schmeide est formidable d’énergie et peut compter sur quelques (pas tous) seconds rôles bien sentis et joués. Je pense surtout à Christina Groβe (Silke) et Ill-Young Kim (Tien). Mais la palme revient à la jeune actrice incarnant la fille de Kathi, Natascha Lawiszus. Son jeu mature et intense surprend vraiment et la performance est d’autant plus remarquable qu’elle est la seconde personne qu’on voit le plus à l’écran après l’héroïne ! Ajoutons à cela une B.O. efficace qui file la pêche et est pour une part importante dans l’atmosphère légère de l’œuvre, une solide réalisation et une photographie «urbaine» des plus réussies, et vous obtenez ce beau film plein de respect et de tolérance dans lequel toutes les femmes sont à l’honneur ! Une satire sociale décomplexée, drôle et rafraîchissante à voir absolument !

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19 avril 2012

[REC] (de Jaume Balaguero et Paco Plaza)

[REC]

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Je suis en manque de films d’horreur ! ^^ Alors, vous l’aurez compris, je vous propose (ou plutôt vous impose, désolé :-/ ) de parler de [REC], un film de zombies espagnol qui est devenu une référence en la matière depuis sa sortie dans les salles obscures ! Angela est journaliste et effectue un reportage télé pour une émission dont le but est de faire découvrir des métiers nocturnes. Assistée de Pablo (son cameraman), la jeune femme suit une caserne de pompiers dans la bouillonnante Barcelone. Tout est calme cette nuit, l’ambiance est détendue, rien à signaler… Lorsqu’un appel arrive. Des habitants d’un immeuble ont entendu une voisine hurler… Les pompiers se rendent donc sur les lieux, accompagnés bien sûr des deux reporters. Arrivés sur place, nos amis découvrent deux policiers déjà présents et des locataires en effervescence, terrifiés par les cris ! Après être entrée dans l’appartement de la «voisine hurlante», la joyeuse troupe découvre une vieille dame enragée qui attaque sauvagement l’un des policiers en le mordant à la gorge ! Paniqués, tous (ou presque) s’enfuient de l’appartement. Alors que tout le monde cherche une solution pour sortir de l’immeuble et évacuer le policier blessé, le bâtiment est placé en quarantaine par les autorités ! Mais pourquoi donc ? Nos chers protagonistes n’auront pas le temps de se poser la question puisqu’ils vont devoir lutter contre d’étranges évènements dans ce lieu inhospitalier… La partie peut commencer ! Si je dis ça, ce n’est pas sans raison. [REC] a de petits airs de Doom, le plus célèbre de tous les FPS, et de Resident Evil ! Avec son côté jeu vidéo très affirmé, le film de Jaume Balaguero (Fragile) et Paco Plaza tire sa puissance horrifique d’un montage astucieux, d'un univers sonore efficient et d’une interprétation de haut vol ! Les acteurs, peu connus, sont tous excellents et (paraît-il) ont improvisé une bonne partie du temps ! Les effets spéciaux et maquillages ne sont pas en reste non plus. Les zombies sont effrayants à souhait, notamment la fameuse Tristana… La tension monte progressivement pendant plus d’une heure pour nous asséner, avec l’apparition finale de cette Tristana, dix dernières minutes d’angoisse saisissante que seules les âmes les plus aguerries pourront affronter ! Le film fonctionne en fait comme Audition (de Takashi Miike): un tempo tendu, agrémenté de quelques terribles sursauts, qui fatigue nerveusement le spectateur sur une bonne heure avant de l’achever définitivement avec une conclusion inattendue des plus glaçantes ! Vite fait bien fait, comme on dit ! ^^ Evidemment, ce petit long métrage ne puise pas son inspiration que dans la sphère vidéoludique. La manière de filmer rappelle beaucoup Le Projet Blair Witch ou encore le génial Cloverfield (qui est postérieur, ceci dit) ! On peut voir dans cette oeuvre une satire du journalisme et de la télé. Voilà ce qu'il en coûte de chercher le sensationnalisme ! A force de le chercher, on le trouve... Et à ses dépens ! :-D Mais il ne faut rien y voir d'autre: [REC] relève du simple divertissement efficace et ne renouvelle pas plus que cela le genre du film d’horreur. Même si le petit «ingrédient» mystique de la fin est plutôt original et bienvenu... Ingrédient qui sera largement repris et exploité (avec plus ou moins de bonheur) dans l'honorable suite qu'est [REC]². Il faut prendre [REC] comme une attraction à sensations fortes. Quand on monte dans le train, on sait pourquoi on y monte… Pour se faire peur ! Mission largement réussie pour les deux réalisateurs qui ont raflé au passage de nombreuses récompenses, notamment à Gérardmer et à Sitges… Excusez du peu ! Interdit aux moins de 16 ans, of course ! :-)

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11 avril 2012

Garde à vue (de Claude Miller) - Petit hommage à Claude Miller

Pour rendre un très humble hommage à Claude Miller (décédé il y a maintenant une semaine à l’âge de 70 ans), je vous propose une simple chronique de son plus grand long métrage (selon moi): Garde à vue. Diriger Lino Ventura, Michel Serrault et Romy Schneider dans un film aussi court et faire en sorte qu’aucun d’entre eux ne s’accapare la vedette est une preuve suffisante de l’immense talent du regretté réalisateur ! Je ne m'étendrai pas plus sur sa carrière, dont je ne maîtrise pas assez les codes et clés de lecture pour vous faire profiter de remarques pertinentes. Sur ce, place à mon analyse d'un film que l'on ne présente plus...

Garde à vue

Garde___vue

Assurément l’un des huis-clos les plus célèbres du septième art, Garde à vue en est aussi l’un des plus dignes représentants ! Nous sommes la nuit de la Saint-Sylvestre… L’inspecteur Gallien convoque au commissariat un certain Jérôme Martinaud (un notaire réputé de la région) en tant que témoin dans le cadre d’une sordide affaire. En effet, deux fillettes ont été assassinées dans des circonstances similaires plusieurs semaines auparavant… Et Martinaud connaissait bien l’une d’elles. Les nombreux mystères entourant l’agenda et la vie privée du notaire ainsi que les réactions colériques de ce dernier vont très vite pousser Gallien à approfondir son interrogatoire… Commence alors un duel psychologique entre deux hommes que beaucoup de choses opposent mais qui ont pourtant un point commun… Chacun d’entre eux est aigri par l’existence. Qui craquera le premier ? L’inspecteur fatigué par son sacerdoce de boulot ou Martinaud et sa vie personnelle en lambeaux ? Tout le monde (ou presque ^^) s’accorde à dire que la grandeur du film de Claude Miller vient principalement de l’interprétation et de la mise en scène (proche du théâtre). Certes, je pense aussi qu’il s’agit là des deux points forts de l’œuvre… Auxquels j’en ajouterai personnellement un troisième: le scénario ! En apparence assez simple, ce dernier réserve son lot de rebondissements et joue avec les nerfs du spectateur en le plaçant quasiment dans la peau d’un juré ! Martinaud est tour à tour présenté comme un menteur, une victime, un manipulateur, puis à nouveau une victime, … … La tension est permanente et on ne sait plus où donner de la tête ! Mais cela n’effrite en rien la fascination qu’inspire cette délicate enquête... Au contraire ! Si cette expérience est tellement immersive, c’est aussi grâce à la combinaison efficace des percutants dialogues de Michel Audiard et des jeux habités de Lino Ventura, Michel Serrault, Guy Marchand et Romy Schneider. A travers cette courte histoire (1h25), Miller effleure le vaste problème du poids des convenances sociales et des rapports de force sur le quotidien de l’individu. La confrontation Gallien - Martinaud, la relation parfois conflictuelle entre l'inspecteur et son adjoint impulsif, le couple que forment le notaire et sa femme castratrice, ... Tous les personnages sont en souffrance, se sentent seuls, affichent un mal de vivre et une inquiétante résignation (la réaction de Gallien après le passage à tabac de Martinaud par Belmont est un bel exemple de cette résignation dont je parle)… On peut également voir le film comme une critique acerbe de la petite bourgeoisie, façon Claude Chabrol ! Inutile de palabrer davantage. Si vous ne connaissez pas encore ce classique du polar d’ambiance à la française, précipitez-vous dessus sans plus attendre ! Un chef-d’œuvre que l’on pourra fièrement ranger à côté de 12 hommes en colère (un autre grand huis-clos du cinéma) dans sa vidéothèque personnelle !

EN SAVOIR PLUS:

Pour ceux qui désirent en savoir plus sur la vie et l'oeuvre de Claude Miller, vous pouvez visiter les deux pages Internet ci-dessous:

Claude Miller - Wikipédia

Claude Miller - Allociné

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04 avril 2012

Elle s'appelle Sabine (de Sandrine Bonnaire)

Elle s'appelle Sabine

Elle_s_appelle_Sabine

Elle s’appelle Sabine est un documentaire réalisé par l’actrice Sandrine Bonnaire sur sa propre sœur, Sabine, atteinte d’autisme. Entre 2006 et 2007, elle filme sans fard le quotidien de sa cadette dans une structure spécialisée de Charente qui tente de l’aider à s’ouvrir aux autres et d’effacer les conséquences de cinq années d’internement en hôpital psychiatrique (fortes doses médicamenteuses, prise de poids importante, perte de mémoire et d’aptitudes, …). A travers ce sensible portrait d’une femme coupée de la société, la réalisatrice met en avant le délicat problème de l’hébergement et de la prise en charge des autistes. Placer ces personnes dans des hôpitaux psychiatriques ne contribue qu’à les cloisonner davantage alors que des établissements adaptés leurs seraient bien plus profitables ! Les choses bougent un peu, heureusement… Soyons positifs ! ^^ Et avec des personnes comme Sandrine Bonnaire qui utilisent à bon escient leur notoriété pour faire connaître l’autisme, il y a matière à espérer ! De récentes réalisations, comme Mon amoureux – de Daniel Metge – (que je chroniquerai prochainement), commencent à parler intelligemment d’autisme et permettent d’impliquer plus efficacement le public. Revenons à Elle s’appelle Sabine. Sandrine Bonnaire apporte un peu de légèreté (mâtinée de nostalgie) à son récit en l'entrecoupant de flash-backs qui montrent la jeunesse de sa sœur par l’intermédiaire de petites vidéos familiales. Mention toute particulière à la scène où la Sabine du présent regarde celle du passé dans un «film-souvenir» relatant un voyage aux Etats-Unis en compagnie de sa grande sœur adorée ^^… Magnifique moment ! Cette œuvre révèle également autre chose… Le talent inouï d’une actrice engagée que l’on aimerait voir plus souvent derrière la caméra ! Sous une apparente simplicité «se cachent» des plans très originaux et réfléchis ! Finalement, dans le tréfonds de ce film, j’ai entendu la rage silencieuse d’une femme voulant autant rendre hommage à sa sœur que poser le débat de la place de l’autisme en France… Un cri d’amour et de raison dont émane une saine sobriété qui rend Elle s’appelle Sabine accessible à toutes celles et ceux s’interrogeant sur l’autisme et vivant avec lui. Brillant et utile !

Enfin, sachez que Sandrine Bonnaire est la marraine de l'association Ciné-ma différence dont le but est d'aménager des séances de cinéma pour des personnes handicapées et/ou autistes. Pour en savoir plus, cliquez sur le lien suivant:

Ciné-ma différence

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30 mars 2012

6 courts-métrages d'animation projetés lors de la soirée "Le court s'anime" - 10ème édition (à Orléans) - 2/2

Suite et fin du petit compte-rendu de la soirée "Le court s'anime" - 10ème édition (mardi 20 mars à 20h30 - Théâtre d'Orléans) entamé dans l'article précédent. Après The Spine, Der Grosse Bruder et Rubika, place maintenant à Bisclavret, Luminaris et Angry Man ! A noter que seul Bisclavret est accompagné d'une vidéo complète, Luminaris devant se contenter d'un trailer et Angry Man d'un extrait... Mais j'espère que vous aurez malgré tout envie de découvrir ces petites pépites méconnues du grand public ! Régalez-vous ! :-)

Bisclavret

Bisclavret

Une fenêtre ouverte sur le Moyen Age ! Bisclavret nous narre l’histoire d’un baron qui, de nombreux soirs, quitte les bras de sa bien-aimée pour aller faire on ne sait trop quoi dehors la nuit… Un jour, lasse de s’inquiéter sans arrêt pour son tendre époux, elle lui demande de révéler son secret. Fort embarrassé, le baron consent finalement: il s’engouffre au plus profond de la forêt pour se changer en Bisclavret… Autrement dit, en loup-garou ! Il lui précise aussi qu’il dépose à chaque fois ses vêtements dans un endroit secret et que si ces derniers venaient à être dérobés pendant sa métamorphose, à jamais il resterait Bisclavret ! Le maudit seigneur, devant l’insistance de la baronne pour connaître la cachette de ses vêtements, se laisse aller à la confidence… Bien mal lui en prit puisque cette dernière, qui désire depuis longtemps se débarrasser de son galant, profite de la situation pour échafauder un terrible plan ! Ainsi, lors d’une soirée comme une autre, un chevalier amoureux (et sous les ordres) de la belle vole les atours du pauvre baron qui, du coup, se voit condamner à errer en Bisclavret pour l’éternité ! Mais un jour… ^^ Pour connaître la suite, rien de plus simple: il suffit de visionner ce magnifique court-métrage de 14 minutes grâce à la vidéo ci-dessus ! Avec son style graphique évoquant le vitrail, le film d’Emilie Mercier est une adaptation du célèbre Lai de Bisclavret (de Marie de France) d’une fidélité exemplaire, tant sur la forme que sur le fond ! La réalisatrice est arrivée à respecter le texte médiéval originel tout en le rendant accessible à un large public ! La thématique de la lycanthropie est traitée sous un angle original et ne pose pas l’homme transformé en loup-garou en être maléfique mais plutôt en victime de la fourberie humaine. Ce bel hymne à la tolérance invite le spectateur à ne jamais se fier aux apparences et à respecter le droit à la différence. On peut y voir aussi un message prônant l’harmonie entre l’homme et l’animal, très proches l’un de l’autre... Si la qualité de l’animation saute aux yeux, il convient également de louer la voix off, les dialogues et, d’une manière générale, l’ambiance sonore du court-métrage. En définitive, Bisclavret est un charmant «petit» film plein de couleurs, d’audace (il en faut pour adapter les Lais de Marie de France) et d’intelligence qui allie modernité, poésie et légèreté !

Luminaris

Luminaris

Voilà un court-métrage là encore très poétique dont le thème m’est particulièrement cher… Luminaris parle de la routine, de l’enfermement du quotidien, et plus spécifiquement de l’enfermement au travail. Mais qu’est-ce que Luminaris ? Et bien c’est une ville dont la vie est contrôlée et rythmée par la lumière du jour ! Les gens se lèvent quand la lumière fait son apparition, passent leur journée au travail et retournent chez eux pour y dormir quand la lumière s’en va… Dit comme ça, c’est brutal, n’est-ce pas ? Mais c’est notre réalité, après tout… A peine de la science-fiction ! ^^’ L’histoire de cet homme «souffleur d’ampoule» dont le job est de fabriquer, à l’aide de sa collègue attitrée, des ampoules électriques pour fournir de la lumière et toujours plus de lumière est une simple et puissante métaphore du triste chemin que le monde (occidental comme oriental) a choisi de prendre en matière de respect de l’individu dans les sphères de l’emploi et de l’économie… Seule la communauté compte ! … … La «communauté» ne se porte jamais plus mal que quand elle laisse les libertés et rêves individuels de côté, qu’on se le dise ! Constamment surveillé à son travail (rendement, quand tu nous tiens !), notre «souffleur d’ampoules» a décidé de se rebeller contre cette société impersonnelle dans laquelle toute idée déviante est réprimée ! Chaque jour, il vole quelques ampoules pour un projet secret qui changera à tout jamais la face de Luminaris et lui permettra, sur un plan plus personnel, de s'élever spirituellement vers le Bonheur ! Je n’en dis pas plus… ^^ A vous de trouver un moyen de visionner ce court-métrage (désolé, mais je n’ai qu’un trailer à vous offrir… :-/) très original qui utilise une merveilleuse alchimie mélangeant objets, pixilation et photographie ! Les deux acteurs principaux sont très talentueux mais c’est sans conteste la musique qui décroche la timbale… Eblouissante, c’est le mot ! Même si l’on ne peut s’empêcher de penser à 1984 ou encore et surtout à Brazil (de Terry Gilliam), Luminaris garde une personnalité et un style qui lui sont propres ! Et c’est tant mieux pour un film qui défend la liberté INDIVIDUELLE d’expression ! Assurément le meilleur court-métrage de la soirée ! :-)

Angry Man / Sinna Mann

Angry_Man

Terminons le compte-rendu de cette soirée avec le film le plus dur et «lourd» à regarder: Angry Man (ou Sinna Mann, en version originale). Le thème de la violence conjugale (et plus généralement de la violence à la maison, au sein de la cellule familiale) n’est jamais simple à aborder… Lorsqu’on le fait à travers un film mettant en scène de vrais acteurs, c’est presque systématiquement difficile à regarder pour le spectateur… Le film d’animation, quant à lui, est un vecteur magique pour ce genre de thèmes puisque le simple fait de ne pas trouver de vrais êtres humains en face de soi rend la chose «un peu plus supportable»… De plus, les réalisateurs de films d’animation ont un avantage certain: ils disposent d’une multitude de techniques d’animation différentes (pixilation, rotoscopie, animation image par image, peinture sur verre, 3D, …) afin d’atténuer ou renforcer à leur guise l’impact du propos. Bref… On peut donc faire passer plus de choses ! ^^ Revenons à Angry Man. Boj est un petit garçon norvégien comme les autres, ou presque. En effet, ce brave petit gars est terrorisé par un certain «Monsieur Colérique» qui n’est autre que… Son propre père ! Ce dernier s’énerve très vite et devient violent avec sa femme qui fait ce qu’elle peut pour protéger son petit garçon de la furie paternelle… Boj en a marre de voir sa maman battue par son papa et décide de prendre les choses en main ! Il écrit une lettre dans laquelle il demande de l’aide au Roi et la remet à un chien en espérant que ce dernier l’apporte jusqu’à son prestigieux destinataire… Mais que diable vient faire un roi dans cette galère, me direz-vous ? C’est simple: la Norvège (dont est issu ce court-métrage) est encore une monarchie et ce film est un projet en partie initié par la fondation du Roi de Norvège elle-même ! Comme quoi… Il peut y avoir des monarchies bien plus modernes que certaines républiques… ^^’ Anita Killi a choisi la technique des éléments découpés pour donner vie à sa délicate histoire… Cette technique, associée à des couleurs lugubres, contribue ici à la dramatiser davantage. L’animation saccadée des éléments découpés accentue le côté inquiétant de certaines scènes, notamment celles où le père de Boj se «transforme» en «Monsieur Colérique». Heureusement, l’épilogue est positif: le père prend enfin conscience de ses actes et accepte de partir loin de chez lui pour se libérer de ce «mal» ! En fait, on peut définir Angry Man comme une campagne de prévention contre les violences conjugales et familiales ! D'ailleurs, il faut savoir que cette oeuvre est montrée aux enfants dans les écoles norvégiennes... Ce qui est une bonne chose, je pense. La chute, un brin moralisatrice, pourra déplaire à certains spectateurs… Pour ma part, elle fut la bienvenue. Un très beau court-métrage qui allie élégance visuelle et puissance du propos (sur un thème difficile à porter à l’écran) avec réussite ! Et ce film est aussi la preuve que le cinéma d’animation permet plus de liberté d’expression que n’importe quel autre genre cinématographique !

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25 mars 2012

6 courts-métrages d'animation projetés lors de la soirée "Le court s'anime" - 10ème édition (à Orléans) - 1/2

Faute de disponibilité, je vous propose un petit "compte-rendu" en deux temps de la soirée "Le court s'anime" - 10ème édition (mardi 20 mars à 20h30 - Théâtre d'Orléans): un peu de monde et huit courts-métrages de bonne qualité ! Pas vraiment de cohérence thématique entre les oeuvres, si ce n'est une grande variété dans les techniques d'animation. Les thèmes étaient assez lourds (violence conjugale, cruauté enfantine, enfermement dans le travail et routine de la vie quotidienne, ...). Sur la totalité des films, j'ai décidé d'en mettre en valeur six. Les deux autres étaient également intéressants mais tout de même un ton en-dessous et surtout plus difficiles d'accès... Cependant, et je préfère vous prévenir, ceux sélectionnés par votre humble serviteur ne sont pas trop "grand public" non plus... Globalement, j'ai trouvé cette soirée trop élitiste bien que passionnante. Je suis d'avance désolé si, par instants, vous décrochez de mes chroniques (notamment la première).

Comme je vous le disais au début, ce sera donc un article en deux temps: trois films aujourd'hui (The Spine, Der Grosse Bruder et Rubika) et les trois autres (Bisclavret, Luminaris et Angry Man) dans quelques jours. Sans plus attendre, place aux chroniques et surtout... Aux vidéos ! :-))

The Spine

The_Spine

Voilà un court-métrage que j’ai hésité à vous présenter… Très délicat à interpréter, The Spine («spine» signifie «échine») parle des rapports de force et de la communication dans le couple, du désir irrésistiblement naturel d’être mère et de la notion de sacrifice. La grande histoire d’amour de Dan et Mary Rutherford, mariés depuis bien longtemps, se désagrège à vue d’œil… Pour tenter de sauver ce qui reste de leur union, ils décident de participer à une psychothérapie de groupe réunissant d’autres couples en difficulté. Première chose que l’on constate: que ces personnages sont… Bizarres ! En fait, Chris Landreth a voulu que leurs états d'âme et problèmes transparaissent physiquement… Par exemple, l’espèce d’être humain fait d’une moitié de femme et d’une moitié d'homme cousues ensemble et dont la première moitié semble vouloir se détacher de la seconde représente probablement un couple dans lequel la femme souffre de ne pas avoir assez de moments rien qu'à elle et à elle seule (il en faut ! ^^). Une idée visuelle plutôt astucieuse mais qui peut dérouter et empêcher le spectateur de rentrer dans l’intrigue… Risqué, donc. Et c’est d’autant plus risqué que le propos est intéressant. Je n’ai pas tout compris dans les moindres détails (je l’avoue) mais voilà ce que je peux vous «livrer»: Dan se comporte volontairement en enfant dans son couple (ce que lui reproche, parmi d’autres choses, sa dulcinée) afin d’apaiser la frustration de sa femme qui n’a jamais pu élever de progéniture. En effet, Mary a appris qu’elle était stérile peu de temps après s’être mariée avec Dan… Et si elle est devenue si grosse, c’est à cause des cures de médicaments anti-stérilité. Ce manque insupportable de maternité, combiné à sa transformation physique, a rendu madame de plus en plus aigrie et dure vis-à-vis de son mari qui a pourtant sacrifié ses fonctions d’époux et même d’homme pour lui offrir l’illusion d’être une mère ! Une situation assez malsaine, certes, mais tout de même une belle preuve d’amour. Le passage où Mary quitte le foyer est intéressant… Il montre un Dan transformé aussi bien physiquement (c’est là que l’échine intervient… ^^) que psychiquement, qui retrouve sa masculinité et, plus que cela, sa liberté. Ce passage signifie surtout qu’un couple survit difficilement si chacun ne s’octroie pas de temps libre en dehors… Le fameux «jardin secret» ! Mais c’est finalement l’amour et la rédemption qui triomphent à la fin, quand Dan retrouve son épouse. Son apparence redevient ce qu’elle était mais sa Mary sait maintenant pourquoi il est ainsi et l’accepte. Un beau petit film à l’animation soignée, très poétique et profond… Mais que je trouve un peu trop torturé à mon goût. Il faut vraiment être concentré et attentif pour l'apprécier à sa juste valeur… Ce qui n’était peut-être pas forcément mon cas ce soir-là. N.B.: la vidéo est en version originale non sous-titrée… Désolé pour les non anglophones ! :-/

Der Grosse Bruder

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Der Grosse Bruder est une petite curiosité germano-suisse qui a l’ambition de parler de cruauté enfantine aux jeunes enfants dès l'âge de 4 ou 5 ans… Exercice peu évident, a priori. Mais là, contrairement à The Spine (voir plus haut), les auteurs se sont mis au niveau du public visé. Le choix de la technique d’animation est la plus basique qui soit (du dessin sur papier !) et l’histoire est simple et ludique: un dessinateur, dont on ne voit que les mains, croque deux enfants (un garçon et une fille) sur du papier. Il entreprend de dessiner un troisième personnage mais est constamment dérangé par le téléphone ou d’autres évènements… Il le dessine donc par à-coups (une jambe par-ci, un bras par-là, …). Mais à chaque fois qu’il s’absente, les deux autres enfants en profitent pour «martyriser» l'énigmatique inconnu inachevé: ils se moquent de lui, se servent de sa tête comme d’un ballon (voir l'extrait vidéo ci-dessus), … Personnellement, j’ai grandement apprécié la propension de ce petit film à parler d’un sujet un peu «tabou» avec autant d’efficacité que de légèreté ! Les enfants peuvent être (et sont souvent) cruels malgré eux dans leurs jeux mais cela ne doit pas pour autant rester une sorte de «fatalité atténuée» sur laquelle il est impossible d'agir. Les deux petits enfants «tortionnaires» (un bien grand mot, j'en conviens ^^) de l’œuvre vont découvrir que ce fameux troisième personnage, une fois terminé par le dessinateur, n’est autre que leur grand frère (d’où le titre) sur lequel ils n’ont plus le dessus physiquement. Loin d’être rancunier, ce dernier pardonne aux deux loustics et toute la famille est enfin réunie ! Der Grosse Bruder est un petit court-métrage très pédagogique qu’il est nécessaire de montrer dans les classes et offre en prime aux plus jeunes une bonne occasion de découvrir la conception d’un film d’animation ! Vous noterez d’ailleurs au passage que les animateurs ont laissé apparente en haut à droite la numérotation des feuilles utilisées… Et quand on voit le nombre de feuilles nécessaires pour une petite œuvre de 6 minutes, on se rend mieux compte de l’ampleur du boulot ! Bref, avis aux professeurs des écoles ! :-)

Rubika

Rubika

Seul court-métrage d’animation en 3D de la soirée, Rubika avait des allures de bouffée d’oxygène tant la majorité des autres œuvres projetées était sombre (sur le plan des thématiques, j’entends). Ici, seul l’amusement compte… Il en faut aussi, de ces petits films distrayants. L’histoire, en deux mots: Rubika est une planète en forme de Rubik’s Cube à la gravité aléatoire et fantaisiste. Une personne marchant tranquillement dans le désert va l’apprendre à ses dépens et tenter tant bien que mal de résister à ces forces imprévisibles… Avec ses faux airs de Logorama et son univers graphique à mi-chemin entre une célèbre marque de jeux de construction (ça commence par un «L» et ça finit par «EGO», pour ne pas la citer… ^^) et nos bons vieux jeux Amstrad CPC 6128, Rubika est un petit film drolatique très coloré qui se déguste comme un petit goûter dans la cour de récré entre deux heures de cours ! L’ambiance sonore affiche un côté «jeu vidéo rétro» des plus plaisants, avec un gros plus pour la musique de fin… Tout simplement géniale ! 4 minutes ludiques à souhait qui font de cet «intermède» un agréable moment plein de fraîcheur !

Suite et fin au prochain épisode ! ^^

To be continued...

Posté par Arkelios à 19:00 - - Commentaires [32] - Rétroliens [0]
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