Loulou

Loulou

Voici l’histoire tragique d’une femme dont l’innocence brute s’est toujours confrontée à la violence des hommes et au conformisme décadent de la société (allemande, dans le cas présent)… Une fausse ingénue qui a toujours aimé séduire et manipuler les autres sans vraiment en mesurer les conséquences. Loulou est la maîtresse du Dr Schön (un homme d’affaires au-dessus de tout soupçon, comme tend à l’indiquer son nom ! ^^). Ce dernier lui annonce que leur relation va devoir cesser puisqu’il se marie avec une femme de son rang ! Loulou ne l’entend pas de cette oreille et va réussir à évincer cette fille de ministre pour se substituer à elle ! Le jour du mariage, Loulou abandonne les invités pour retrouver quelques «amis» dans la chambre nuptiale: Alwa Schön (le fils du marié, fou d’elle !), Schigolch (une sorte de vieux souteneur avec lequel elle a un passé…) et Rodrigo. Alors que nos quatre compères s’amusent et font la fête entre eux, le Dr débarque et vire tout le monde… Sauf Loulou ! Il la violente et l’oblige à prendre un revolver pour se suicider ! Mais durant la dispute, un coup de feu part… Le Dr Schön tombe raide mort ! Commence alors une longue errance qui va mener Loulou et ses suivants sur un yacht puis, à la suite de nouvelles mésaventures, dans le Londres victorien où un certain Jack l’éventreur sévit dans les bas-quartiers… Premier film ouvertement féministe ? Peut-être… Dans tous les cas, ce film muet de Pabst réalisé en 1929 est très audacieux (pour l’époque) ! Le personnage de la Comtesse est la première lesbienne du septième art et Loulou est une magnifique femme qui aime l’amour de manière décomplexée, sans forcément penser à mal et qui pervertit malgré elle… La première vraie femme fatale du cinéma ? Oui, assurément ! Et quelle actrice ! Devenue légendaire avec ce rôle, Louise Brooks est Aphrodite incarnée ! Elle parvient sans mal à faire de sa Loulou une demoiselle à la fois mutine, douce, castratrice, manipulatrice, belle et rebelle ! Cette formidable interprète respirait la grâce, l’érotisme (au sens noble du terme), la puissance… Des ingrédients nécessaires pour camper un personnage si dense, mais des ingrédients que peu de personnes possédaient et maîtrisaient comme elle ! Cependant, Loulou n’est pas seulement le film de Louise Brooks ! C’est avant tout le très long métrage de Pabst et sa vision de la femme, des faiblesses de l’homme, d’une Allemagne amorale en déliquescence. En fait, Loulou est une bouteille à la mer jetée aux allemands de l’époque, notamment aux hommes et à leur fâcheuse propension à se laisser séduire par de beaux discours et de remarquables auras… Ce qui arrivera malheureusement quelques années plus tard avec l’arrivée d’un certain Adolf Hitler au pouvoir ! Mais tout ce que je raconte (ou plutôt ce que Loulou raconte) peut encore s’appliquer de nos jours… Et la société allemande n’est plus la seule concernée ! Sur le plan formel, il n’y a pas que l’interprétation qui brille ! La photographie et la mise en scène sont exceptionnelles ! ! ! Notamment la partie finale et ce Londres brumeux et «chimérique»… Quels plans ! Les quelques minutes avec Jack l’éventreur dégagent une force extraordinaire ! L’acteur est fantastique, certes, mais la manière de filmer les objets, le couteau, une bougie, … L’expressionnisme allemand dans toute sa splendeur ! Quant à la musique, je ne sais que vous dire… J’ai découvert ce film il y a peu de temps à l’occasion du festival Prokino 2012, lors d’un ciné-concert ! Un grand compositeur de renom, Guenter A. Buchwald, a joué la B.O. de l’œuvre en direct… Titanesque est le seul mot qui me vient à l’esprit ! Délicieux souvenir que ce festival où j’ai également eu l’opportunité de regarder un autre grand film sur la femme: Die Friseuse ! Bref, si vous avez la chance de voir La Boîte de Pandore (l’autre nom de Loulou… Que je n’aime pas particulièrement...), n’hésitez pas une seconde ! Ce somptueux film en noir et blanc a traversé les âges dans la douleur (la censure lui est tombée dessus) mais a su garder son essence intacte pour renaître dans sa version d’origine en 1980 ! Plus qu’un classique, un monument du septième art !