Training Day

Training_Day

Après l’indétrônable Serpico de Lumet, Training Day reste selon moi l’unique grand film sur la corruption policière. Jake Hoyt débarque dans la police de Los Angeles avec de belles idées plein la tête ! Il a souhaité une mise à l’essai d’une journée aux «stups» (brigade des stupéfiants) en espérant qu’une carrière dans la lutte antidrogue lui permette de devenir rapidement inspecteur… Sauf qu’avant d’atteindre son but, il va devoir convaincre le sergent-chef Alonzo Harris. Et cet as des stups va d’emblée mettre une pression énorme sur ce jeune novice mal dégrossi ! Tenant le choc tant bien que mal devant les «tests» d’Harris, Hoyt est embarqué dans une tournée au cours de laquelle il découvre les bas-quartiers de Los Angeles, les relations ambigües entre flics et informateurs, la traque des dealers, … Dès lors, une certaine complicité grandit peu à peu entre eux. Hoyt admire ce seigneur de la rue à l’expérience légendaire et Harris ressent un potentiel rare chez son poulain… Mais les méthodes «borderline» de ce dernier vont mettre à mal les principes moraux de la fraîche recrue qui se rend très vite compte que son «mentor» entretient le chaos dans les rues afin d’en tirer certains avantages… Et quand il abat froidement son principal indicateur devant ses yeux pour lui dérober son argent sale et le partager avec toute son équipe, Hoyt comprend qu’il va devoir faire un choix: devenir l’un de ces ripoux sans scrupule ou lutter contre Harris et ses sbires ! S’engage alors un âpre duel psychologique qui va rendre cette mise à l’essai particulièrement périlleuse… Il ne s’agit pas vraiment d’un film d’action (même si quelques scènes de ce type apportent par moments un peu de dynamisme) mais plutôt d’un thriller psychologique. La principale force du long métrage d’Antoine Fuqua tient dans la gestion de l’unité de temps. Le fait de condenser l’intrigue sur une seule journée permet de maintenir plus facilement la terrible tension de ce sombre polar (un peu comme dans Meurtre en suspens, de John Badham) et de créer une forme d’épaisseur. Une épaisseur qui, associée au portrait relativement objectif que dresse le réalisateur des ghettos de Los Angeles et de leurs habitants marginalisés, confère un étonnant et percutant réalisme à Training Day ! Fuqua a d’ailleurs fait appel à des experts des polices de Los Angeles et San Francisco pour cristalliser une véritable authenticité. Mais l’efficacité n’aurait pas été au rendez-vous sans l’immense travail des interprètes… Spécialement Denzel Washington, parfait en salaud manipulateur ! Son Oscar du meilleur acteur pour ce rôle n’est pas usurpé, loin de là… Pour tout vous dire, ce personnage est même l’un de mes cinq méchants préférés de l’histoire du cinéma ! Washington est si bon qu’il arrive à rendre Alonzo Harris sympathique malgré tout le mal qu’il fait autour de lui ! Une sacrée performance (et une tirade finale d'anthologie !) qui bénéficie du soutien d'un remarquable Ethan Hawke ! Quant à la B.O. très rap US, elle participe pour beaucoup à l’immersion dans l’univers «gangsta». Loin de tout manichéisme, voilà un film oscillant entre thriller psychologique, polar et documentaire (oui oui !) qui arrive malgré cette valse des genres à captiver le spectateur par une bonne dose de tension, d’angoisse, d'action et de réflexions (sur la justice, le pouvoir, l'ambition et la famille, entre autres thèmes). Un excellent divertissement non dénué d’intelligence (mais un peu violent) à ranger aux côtés de Serpico et des épisodes de la non moins excellente série télé The Shield !