Die Friseuse

Die_Friseuse

Récemment vu par votre humble serviteur lors de Prokino 2012, Die Friseuse (que l’on pourrait traduire en français par La Coiffeuse) est un film qui allie gravité et légèreté avec une habileté confinant à l’alchimie ! L’histoire en deux mots: Kathi König est coiffeuse à Berlin. Un jour, une cliente se plaint de ses malheurs quotidiens… Et nous savons toutes et tous que papoter chez le coiffeur est une chose répandue ! ^^ Kathi, qui est la bonne humeur incarnée, lui conseille de relativiser, de voir la vie du bon côté et de prendre les choses à bras le corps… Après tout, elle sait de quoi elle parle ! Elle est obèse, divorcée et souffre en plus de sclérose en plaques… Et il y a encore peu, elle était sans emploi et sa fille avait tellement honte d’elle qu’aucune communication n’était possible ! La cliente, intriguée, aimerait en savoir plus sur le «parcours» de la coiffeuse. Kathi n’y voit aucune indiscrétion et lui raconte donc comment elle s’est battue pour vivre de sa passion, la coiffure, et a regagné la confiance et l’amour de sa fille. Sa rencontre avec Silke, une femme battue avec qui elle travaillait au noir comme coiffeuse en maison de retraite ; sa courte «carrière» de passeuse de clandestins asiatiques ; son projet avorté de salon de coiffure dans un centre commercial ; … Une aventurière des temps modernes ! Les discriminations sociales dont sont victimes les personnes en surpoids et les femmes constituent le sujet principal du long métrage de Doris Dörrie, la réalisatrice de Cherry Blossoms. Alors beaucoup d’entre vous diront que Die Friseuse est truffé de clichés… Et ce n’est pas faux ! Mais les clichés sont souvent tangibles, ne l’oublions pas ! Et ceux de cette comédie allemande tapent juste ! De plus, on apprécie de voir une femme enjouée qui assume ses rondeurs et ne pense jamais à maigrir. C’est plutôt rare au cinéma ! Cela m’a fait penser à la géniale comédie musicale Hairspray, que je vous recommande d’ailleurs. Mais malgré sa gaieté et sa combativité, Kathi connaît des moments de doute… Des passages qui permettent heureusement de ne pas faire d’elle un personnage trop inaccessible et invincible ! ^^ Le film effleure d’autres thèmes comme la violence conjugale envers les femmes, l’éducation, l’adolescence, l’amour, le mal-logement, la précarité de l'emploi, l'isolement, la place du troisième âge dans notre société, … Concernant la violence conjugale, la manière de procéder est astucieuse: Silke est introduite assez naturellement dans l’intrigue et, comme Kathi, on la découvre uniquement à travers le prisme du travail. On sent une certaine tension planant sur ce personnage, mais de là à se douter qu’il s’agit d’une femme battue... Et quand Kathi et le spectateur l’apprennent, c’est une petite claque car ni l’une ni l’autre n’avaient vu le moindre signe… Le fait de nous révéler cet évènement au moment de «retirer» Silke de l’histoire a, je pense, une fonction quasiment préventive. Comme si Doris Dörrie voulait nous dire de faire plus attention à la détresse des gens qui nous entourent et qui n’est souvent pas visible ou, tout au moins, très peu ! Une autre thématique retient l’attention… Celle de l’immigration. Die Friseuse en parle avec autant d’humour que d'authenticité. A un moment du film, Kathi s’improvise passeuse de clandestins asiatiques à la frontière polonaise afin de gagner suffisamment d’argent pour l’ouverture de son salon ! Mais tout ne se passe pas comme prévu et elle se retrouve obligée d’héberger un grand nombre de personnes dans son minuscule appartement ! L’une d’elles - Tien - parle allemand et, voyant son désarroi, va l’aider à sortir de cette délicate situation… Les codes utilisés entre les passeurs font «sourire» (les hommes sont des pantalons et les femmes des chemisiers !) mais montrent comment l’être humain est assimilé à une simple marchandise de contrebande ! De surcroît, le passeur qui a recruté Kathi est loin d’être honnête et respectueux ! Il profite de la situation et fait preuve d’une certaine vulgarité avec les femmes «passées» (qui ne peuvent protester sous peine d'être menacées de retourner d'où elles viennent !) et ne voit ce «boulot» que comme une manière de gagner de l’argent, occultant tout l’aspect humain de la chose ! On est loin de l'image du passeur au grand cœur que tout le monde a en tête ! Enfin, et c'est un point crucial, il convient aussi de parler du chômage et des emplois précaires qui forment un background tenace durant tout le long métrage, un background qui met en avant une Allemagne bien loin des images d'Epinal dont on nous abreuve en France ! L'Allemagne souffre des mêmes problèmes socio-économiques que l'Hexagone et Die Friseuse a fort raison de nous le rappeler... Toute l’essence de ce film ne serait rien sans le prodigieux travail des interprètes ! Gabriela Maria Schmeide est formidable d’énergie et peut compter sur quelques (pas tous) seconds rôles bien sentis et joués. Je pense surtout à Christina Groβe (Silke) et Ill-Young Kim (Tien). Mais la palme revient à la jeune actrice incarnant la fille de Kathi, Natascha Lawiszus. Son jeu mature et intense surprend vraiment et la performance est d’autant plus remarquable qu’elle est la seconde personne qu’on voit le plus à l’écran après l’héroïne ! Ajoutons à cela une B.O. efficace qui file la pêche et est pour une part importante dans l’atmosphère légère de l’œuvre, une solide réalisation et une photographie «urbaine» des plus réussies, et vous obtenez ce beau film plein de respect et de tolérance dans lequel toutes les femmes sont à l’honneur ! Une satire sociale décomplexée, drôle et rafraîchissante à voir absolument !