Jusqu'en enfer

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En 2009, Sam Raimi tentait son grand retour parmi les maîtres de l’horreur. Bien que principalement connu du grand public pour la franchise Spider-Man, n’oublions pas qu’il fut jadis le réalisateur des mythiques Evil Dead et Evil Dead 2 ! Il était donc particulièrement attendu au tournant. Mais le vieux briscard qu’il est n’a pas failli à sa réputation… Bien au contraire ! Jusqu’en enfer est un retour au gore dans la plus pure tradition et montre toute l’érudition de l’Oncle Sam (ha ha ha !) dans ce domaine ! Notons qu’ici le gore tend très légèrement vers le comique et le parodique tout en conservant, chose exceptionnelle, une grande capacité à effrayer le spectateur. Mais là où Raimi est un vrai virtuose, c’est dans sa manière de dissimuler une véritable œuvre satirique derrière ce «masque de sang» ! L’histoire de cette jeune femme ambitieuse et carriériste refusant d’accorder un crédit immobilier supplémentaire à une vieille femme (un peu spéciale, il est vrai) en détresse dénonce le règne de l’argent, du matérialisme et des parvenus dans notre société décadente. La ravissante Christine Brown va s’en mordre les doigts puisque la vieille femme en question est une gitane possédant de bien mystérieux pouvoirs, notamment celui de jeter la malédiction du Lamia sur la personne de son choix… Dans peu de temps, Lamia viendra chercher l’âme de Christine pour l’emmener avec lui… Jusqu’en enfer ! Une autre chose intéressante du film est le thème de la pression au travail. Cette brave Christine n’est pas une mauvaise personne, au fond ! Elle était même prête à prolonger une fois de plus le crédit de Mme Ganush (la gitane)… Mais son patron lui a clairement fait comprendre qu’elle devait se montrer plus ferme avec les clients si elle voulait la place de directeur adjoint de l’agence ! Compassion et gentillesse ou carrière et argent… Malheureusement pour elle, notre brave héroïne a opté pour le second «package» et a sacrifié son humanité sur l’autel de l’ambition… La scène finale du film est jubilatoire et permet à Sam Raimi de régler ses comptes avec les deux protagonistes... Christine, croyant avoir définitivement rompu la malédiction du Lamia et étant donc persuadée d’être en sécurité, dit à Clay qu’elle regrette de ne pas avoir aidé Mme Ganush et lui avoue même que c’est bien elle et elle seule qui a pris la décision de ne pas renouveler ce fameux crédit… Alors que tout au long du film, comme pour exhorter le Lamia à la laisser en paix, elle soutient qu’elle n’est en rien responsable du sort de la vieille gitane et que l’unique fautif est son patron. Quelle petite hypocrite ! Quant à Clay, le petit ami cartésien numismate, son monde matérialiste s’écroule au moment où (attention, spoiler !) il voit de ses propres yeux sa chère et tendre dulcinée se faire embarquer de force par le Lamia direction la fournaise de l’Enfer ! Hé oui, pas de happy end, cette fois ! Sauf si, comme moi, vous considérez que la petite Christine est la «méchante» du film et a bien mérité son sort ! Bon, d’accord, c’est peut-être un peu exagéré comme punition… ^^ Techniquement, l’œuvre du père d’Evil Dead est bourrée de qualités. Outre l’originalité et l’ingéniosité du scénario (signé des frères Raimi eux-mêmes), le premier point fort est, selon moi, l’énorme B.O. de Christopher Young. Elle offre des thèmes parmi les plus impressionnants de toute l’histoire du cinéma d’horreur ! Ajoutons à cela d’excellents effets spéciaux «à la papa», choix judicieux lorsqu’on fait un film gore qui se respecte, et une réalisation maîtrisée et vous obtenez là un chef-d’œuvre du film d’horreur mélangeant habilement éléments traditionnels et innovants de ce noble genre cinématographique ! Un régal à ne pas mettre devant d’innocents petits yeux mais qui ravira les amateurs de planches OUIJA et de sorcellerie ! «Laaaaaaamiaaaaaaa... !»