Louise-Michel

Louise_Michel

Amis anarchistes, voici votre étendard au sein du septième art ! A défaut de drapeau noir, je vous propose une comédie de la même couleur qui siéra à votre bonheur… Louise-Michel ! Non, il ne s’agit pas d’un biopic sur cette figure emblématique du mouvement anarchiste… Même si l’esprit de la véritable Louise Michel habite cette œuvre jusque dans les moindres détails du décor le plus «anodin» ! Il s’agit donc plus ici d’un hommage, en atteste la citation bien choisie d’ «Enjolras» à la fin du film. Louise, une ouvrière analphabète taciturne, travaille dans une usine de textile qui, d’après les dires du patron, connaît quelques difficultés économiques. Alors qu’on leur passe de la pommade en offrant à chacune d’elles une nouvelle tenue de travail «personnalisée» la veille, nos chères ouvrières découvrent le lendemain que leur usine a été sauvagement délocalisée et toutes les machines déménagées pendant la nuit. Elles décident alors de mettre en commun le peu d’indemnités obtenues pour se payer les services d’un tueur professionnel qui règlera son compte à ce salaud de patron ! Louise, qui est à l’origine de cette idée pour le moins radicale, rencontre dans sa recherche de la perle rare un certain Michel, tueur à gages un brin fanfaron mais paraissant sûr de lui. Malheureusement pour les ouvrières, ce dernier se révèle plus qu’incompétent et lâche (au point d’envoyer, lors d’une première tentative, sa propre cousine cancéreuse au charbon !)… De plus, un patron en cachant un autre à chaque fois plus gros et plus éloigné de la Picardie, l’ennemi possède différents visages et paraît insaisissable ! Mais qu’à cela ne tienne ! Louise va prêter main forte à Michel et lui montrer comment on fait pour terrasser une hydre à plusieurs têtes… La mondialisation et le patronat vus, à juste titre, comme une hydre qui n’en finit jamais de faire repousser ses têtes. Voilà une chose parfaitement rendue dans Louise-Michel ! Du nord de la France à l’île de Jersey en passant par Bruxelles, nos deux héros vont vivre une folle épopée meurtrière parsemée de rencontres singulières pour retrouver leur liberté, leur dignité et leur place dans une société indifférente à leurs problèmes. Ce film s’insurge à la manière d’un punk en «hurlant» sur les patrons qui prennent leurs employés pour des cons et, dans le même temps, dénonce plus subtilement les rouages d’une mondialisation «poupée russe» qui n’a pour principal obsession que le profit. Chaque patron a sa propre part du gâteau, plus ou moins grosse selon sa place dans l’organigramme (des cocktails et un rythme de sénateur pour le petit patron de l’usine, une immense villa et des voitures à gogo pour celui qui chapeaute plusieurs filiales à la fois, …), mais tous sont coupables d’exploiter abusivement des êtres humains pour servir leurs intérêts et participent à un système qui ne redistribue les richesses qu’aux plus riches, laissant les miettes aux pigeons que nous sommes (il faut bien le reconnaître). Réagir ! Voilà le cri que veut faire entendre le duo de réalisateurs grolandais ! Alors certes, la réaction de Louise, Michel et leurs camarades est assez «extrême»… Mais il y a tellement de manières diverses et variées de réagir que nous n’avons aucune excuse pour ne pas tenter la moindre action ! Surtout à l’heure d’Internet ! La violence n’est pas la voie et n’a jamais rien résolu, nous sommes d’accord. «La plume est plus forte que l’épée», après tout. Mais d’une certaine manière, je peux comprendre ceux qui utilisent la violence lorsqu’il est question de défendre ses droits, surtout contre un système qui s’avère aussi injuste que légal ! Tout au moins, il ne faut jamais rejeter la violence en bloc sans l’avoir préalablement analysée. La condamner trop promptement comme tous les politiques le font relève souvent de la démagogie et ne montre aucune intelligence. Pire, cela ne montre aucune volonté sincère de trouver une solution ! Bref, revenons au film… Cette comédie satirique déjantée m’a rappelé les réalisations de Dupontel (notamment le génialissime Le Créateur !) et, par instants, certaines comédies des mythiques Monty Python ! Rien que ça ! C’est un peu une grande famille du cinéma, une famille un peu en marge de ce qui plaît habituellement au grand public. D’ailleurs, l’exceptionnel casting de Louise-Michel va dans ce sens: Yolande Moreau, Bouli Lanners, Benoît Poelvoorde, Francis Kuntz, Miss Ming (quelle présence !), Mathieu Kassovitz, Albert Dupontel (dans une scène post-générique de fin d’anthologie !), Siné, Pascal Rabaté, Philippe Katerine, Christophe Salengro (le Président de la Présipauté de Groland himself !), ... Une sacrée bande de doux dingues marginaux, tous plus excellents et justes les uns que les autres ! On sent que tous ces gens-là sont en mission quand ils jouent ! Outre l’interprétation, les principaux points forts de Louise-Michel sont le scénario, la réalisation (on passe un léger cran au-dessus des pourtant déjà très bons Aaltra et Avida), les décors, la photographie et surtout la B.O. (Daniel Johnston et Charles Steve Davey en tête). Louise-Michel est un hymne à la tolérance dédié à tous les éclopés de la société. C’est un jubilatoire moment de folie raisonnable, une folie pesée avec minutie qui, je l’espère sincèrement, donnera des envies de révolte au spectateur ! Mais Louise-Michel, c'est aussi un film plus positif qu'il n'y paraît. La scène finale de l'accouchement, filmée avec une très grande sensibilité, est un symbole fort porteur d'un espoir qui en fait a toujours été présent durant tout le long métrage ! Je pense même que l'espoir est le fil conducteur du film ! Pour ma part, je ne suis pas surpris que ce brûlot contestataire ait raflé autant de prestigieuses récompenses (un prix à Sundance, un autre à San Sebastian et la fameuse Amphore d’Or à Quend !)… Avec Louise-Michel, Mammuth (des mêmes réalisateurs), Borat, Le Créateur et O’Brother, je crois que je tiens enfin mon Top 5 des comédies les plus drôles, subversives et intelligentes ! Allez, «Banzaï» !!!