Creep

Creep

Un petit huis-clos horrifique dans le métro londonien, ça vous dit ? ^^ Hoooo, allez quoi… Ca fait longtemps que je n’ai pas papoté film d’horreur ! Enfin, quand je dis «petit», je pense plus à la durée du film (même pas 1h30) qu’à sa qualité. Car Creep possède de sérieux arguments à faire valoir auprès des grands amateurs de frissons ! Pourtant, le scénario tient justement sur un ticket de métro: Kate, une «working girl» qui a réussi dans le milieu de la pub à Londres, sort d’une soirée bien classe où l’alcool coulait à flots. Il est minuit passé et, faute de taxi pour rentrer chez elle, la jolie jeune femme se décide à prendre le métro. Ivre, elle s’assoupit un moment sur le quai et, lorsqu’elle reprend ses esprits, commence à paniquer car tout est fermé. Coincée seule (du moins le croit-elle… ^^) dans le labyrinthique métro londonien, Kate espère entrevoir une issue à sa pénible nuit en montant à bord d’un mystérieux train qui s’est arrêté. Malheureusement pour elle, d’autres «noctambules» sont là… Et parmi eux, une créature psychopathe à moitié humaine qui règne en maître sur cet enfer de rails ! Ami(e)s claustrophobes, n’allez pas plus loin ! Il fait très sombre dans ces tunnels et la mort peut surgir de n’importe où ! La première moitié du film est assez conventionnelle mais pose déjà parfaitement une atmosphère glauque captivante. La seconde partie est en revanche beaucoup plus originale… En effet, à l’heure où de nombreux films d’horreur jouent la carte de la suggestion (avec plus ou moins de réussite selon les œuvres), Creep montre tout de son monstrueux personnage au point que Craig (c’est le nom de la «créature») s’installe peu à peu dans le siège du protagoniste du film qu’occupait Kate au début ! Et regarder un film du point de vue du monstre, du «bad guy», c’est une expérience plus que troublante… Mais également très excitante ! On ressent tout des souffrances psychiques et physiques du monstre et, bizarrement, on est très surpris de s’attacher progressivement à lui ! Il nous apparaît un peu plus humain et fragile (il faut dire qu’il s’en prend plein la tronche, le bougre !) à chaque minute qui passe pour, au final, se montrer presque moins dur que la belle Kate ! J’ai même éprouvé un peu de pitié à son égard malgré les atrocités qu’il a commises ! Le personnage féminin évolue lui aussi. Au début, Kate est hautaine, sophistiquée, égoïste, fière de sa réussite et l’affiche ostensiblement (chaussures et vêtements de marque, manière de parler et d’ «humilier» ses interlocuteurs, …). Mais avec l’horrible expérience qu’elle va vivre dans le dédale du métro, elle va devoir s’adapter pour survivre (et renoncer à tous ces signes extérieurs de richesse qui ne lui serviront guère) et redevenir plus simple et «humaine». Et c’est là que le film est diaboliquement génial ! En gros, on nous présente deux types de monstre (l’un – Kate – ayant un visage plus humain que l’autre – Craig –) qui vont chacun à leur manière retrouver lentement leur humanité mais vont pourtant sombrer dans une violence extrême lors d’un duel final d’anthologie ! Joli paradoxe ! La violence serait-elle l’apanage de l’Homme plus que du Monstre ? Je pense que oui. Et je n’ai pas attendu ce film pour être convaincu de la chose. Creep évoque aussi d’autres thèmes : inégalités sociales, solitude, respect d’autrui, … Et aussi et surtout celui du pouvoir, du contrôle. Kate est une femme à poigne qui aime dominer et contrôler sa vie à n’importe quel prix mais qui va être obligée de lâcher du lest pour s’en sortir ! Une forme de rédemption un peu forcée, en quelque sorte ! En plus d’une certaine profondeur sociale, Creep prend beaucoup de risques sur le plan technique… Mais des risques payants ! Faire partager au spectateur l’intimité d’un monstre pendant la moitié du film suppose que l’interprète de ce monstre soit au top et évite les nombreux pièges d’un tel rôle, des pièges pouvant à tout moment le faire basculer dans le ridicule ! Mais Sean Harris est magistral et offre une interprétation habitée et tourmentée de Craig ! Bien sûr, l’acteur est soutenu par un maquillage bluffant ! La créature m’a fait penser à celles de The Descent (mon film d’horreur préféré, tout de même !). Mais Creep ayant été réalisé avant le film de Neil Marshall, on peut donc légitimement penser que ce dernier s’est inspiré de Craig pour ses «crawlers»… Pas d’effets spéciaux superflus, une excellente B.O., une Franka Potente toujours impeccable (Cours, Lola, cours ; Anatomie ; …), une mise en scène de qualité et une réalisation maîtrisée apportent la touche finale à ce chef-d’œuvre méconnu du film d’horreur, un long métrage gore, viscéral, parfois malsain mais toujours intelligent et passionnant !