Aquarela do Brasil

Aquarela_do_Brasil

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On reste dans le domaine de l’animation avec un très ancien court-métrage de Walt Disney: Aquarela do Brasil (en français, «Aquarelle du Brésil»). Je dois cette récente découverte à mon amie blogueuse Dom, que je remercie chaleureusement ici ! Sous des allures de gentil film d’animation innocent se cache une petite histoire «politique» intéressante… Début des années 40, le gouvernement américain demanda à Walt Disney de jouer les diplomates en Amérique du Sud dans le cadre de leur fameuse «Good Neighbor Policy» (Politique de bon voisinage). Si, officiellement, le but est de réduire l’ingérence nord-américaine dans les affaires sud-américaines et de se rapprocher de cette partie du continent, il est aussi et surtout d’éviter la propagation du fascisme, du nazisme (qui comptait notamment pas mal de sympathisants argentins à cette époque... Souvenez-vous de la scène d'entrée - le repas de famille - du merveilleux film de Vincente Minelli, Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse !) et du communisme dans ses contrées encore mal connues des Etats-Unis et de leurs habitants. Dans un premier temps, Walt Disney est très réticent à l’idée de «satisfaire» cette demande… Mais la mauvaise santé des finances de sa grande entreprise ne lui permet pas de tergiverser plus longtemps. Il se rend donc en Amérique du Sud, sert des pognes et visite avec une équipe d’animateurs le Mexique, le Brésil, le Pérou, … De tout ce périple est ressorti le «long métrage» d’animation Saludos Amigos, qui est en réalité une compilation de courts-métrages… Dont Aquarela do Brasil (notre film du jour) fait partie intégrante ! Et voilà comment le célèbre Donald Duck se retrouve à faire du tourisme au Brésil tel l’américain moyen pensant presque découvrir une civilisation inconnue (j’exagère à peine ! ^^) ! On y découvre la beauté de la nature brésilienne sublimée par une animation étonnante aux senteurs impressionnistes ! De jolis effets de style participent à cet effet: des plantes qui se transforment en animaux comme pour signifier que la nature est un tout, le pinceau qui s’anime et crée en direct le panorama dans lequel plonge le spectateur, … Notre cher canard rencontre aussi un certain José Carioca, un perroquet fort sympathique qui lui réserve un accueil chaleureux tout en le submergeant de paroles. Et malgré la barrière de la langue, nos deux protagonistes s’entendent très vite et se lancent dans une samba endiablée où l'élève Donald apprend les pas du maître José ! Malgré une idée de départ politique, Walt Disney a réussi à faire de ce petit court-métrage un film d’animation artistiquement abouti (belle qualité de dessin, excellente musique, personnages très attachants, …) qui s’avère être au final un hymne  jubilatoire et très coloré à la nature et à la culture brésiliennes ! Bon, c’est vrai, cela reste un peu propagande (où sont les favelas ? ^^)… Mais on sent tout de même qu’il y a eu chez Disney une démarche sincère de projet de découverte et de mise en valeur du Brésil (avec quelques clichés, ceci dit), c’est indéniable. Le succès public rencontré par Saludos Amigos, et notamment par Aquarela do Brasil, est dû en partie au format choisi (la compilation de courts-métrages), un format qui permet de capter plus facilement l’attention et l’intérêt du spectateur et qui lui offre logiquement plus de chances d’apprécier le contenu (et qui, en plus, est économique d’un point de vue production). Ce succès public poussera d’ailleurs la firme aux grandes oreilles à redonner vie au personnage de José Carioca quelques années plus tard dans Les Trois Caballeros… Qui lui aussi, malheureusement, a servi de «campagne de communication» pour le gouvernement américain. Malgré tout ça, le visionnage de ce Aquarela do Brasil ne vous laissera pas indifférent et vous donnera, je l’espère, beaucoup de peps ! Là encore, à regarder avec des yeux d’enfants !