Poor Cow / Pas de larmes pour Joy

Poor_Cow

A l'instar de Jim Jarmusch ou encore John Cassavetes, Ken Loach est un véritable sociologue. Mais contrairement à ses deux illustres collègues, il verse parfois un peu trop dans le pessimisme extrême... Il est peu à peu arrivé à corriger cela et à nuancer son propos. Mais il a bien fallu commencer et Poor Cow (Pas de larmes pour Joy, en français) fut son galop d'essai ! Un diamant brut, certes, mais une franche réussite ! L'action se situe dans la banlieue de Londres, durant les années 60. Joy est une jolie fille un peu perdue dans la vie qui se débrouille comme elle peut pour subsister à ses besoins. Elle est mariée à un homme brutal qui ne la respecte pas et qui passe la plupart de son temps en taule comme tant d'autres petits gangsters aussi ratés que lui... Elle tente d'élever seule son fils adoré, Johnny, mais sait pertinemment qu'elle a besoin d'aide pour y parvenir. Cependant, comment faire lorsque tous les hommes que vous croisez profitent de vous et se montrent abjects ? Il y a bien Dave, son amant, mais ce dernier ne vaut guère mieux que les autres... Au gré de rencontres toutes plus futiles et infructueuses les unes que les autres, Joy mène sa barque et, selon ses propres termes, «bricole» son petit bonheur. Peu apprécié par bon nombre de fans du réalisateur anglais (y compris par ce dernier lui-même, chose incroyable !), Poor Cow s'avère pourtant solide techniquement et aborde les traditionnels thèmes chers à Loach: misère sociale, chômage, recherche du bonheur, place de la femme dans la société britannique, violence conjugale, éducation, exclusion, liberté, tolérance et respect d'autrui, estime de soi, amour, ... L’interprétation est excellente (Carol White et Terence Stamp sont parfaits d’authenticité), de même que la réalisation et la photographie (je ne suis pas du tout d’accord avec celles et ceux qui prétendent que Loach est trop proche du documentaire au point de sacrifier le style et l’esthétisme, c’est n’importe quoi ! :-/). Le réalisateur du magnifique Family life (avec lequel Poor Cow a quelques similitudes) arrive à nous transmettre la «monotonie existentielle» de sa «tragique» héroïne tout en montrant également son côté combattif au quotidien. Joy est certes malheureuse et désespérée, mais elle ne baisse jamais les bras et lutte pour ce qu’elle a de plus précieux: son fils ! Ce «fighting spirit», on le retrouve d’ailleurs dans le titre français: Pas de larmes pour Joy. Et ce combat permanent fait d’elle un personnage assez positif, porteur d'une mince mais réelle lueur d’espoir malgré une atmosphère générale et une fin de film suggérant plutôt le fatalisme ! Une oeuvre un peu lente par moments, il est vrai, mais attachante, réaliste et pleine d’intelligence et de subtilité !