Fragile

Fragile

Ces derniers temps, je me suis surtout concentré sur des comédies et des films engagés sur le plan social… Donc, et je sais que cela ne va pas plaire à tout le monde (n’est-ce pas Méline ? ^^), retour à un genre que j’affectionne beaucoup: l’horreur ! Mais c’est un retour en douceur puisqu’il s’agit plus d’un film d’épouvante ou d’angoisse que d’horreur, à proprement parler ! Depuis quelques années, une nation s’est progressivement imposée dans le genre… L’Espagne ! Et Jaume Balaguero est assurément un chef de file majeur de ce mouvement ! Avant le fameux [REC], il avait réalisé un film assez méconnu du public (et pour cause, il n’a jamais été diffusé dans les salles obscures de l’Hexagone !) mais qui fut très estimé par la presse (de nombreuses récompenses à Gérardmer, entre autres). Et c’est ce film, Fragile, que j’aimerais vous faire découvrir ! L’histoire en deux mots: Amy, une infirmière au passé trouble, débarque dans un hôpital pour enfants sur le point d’être évacué, l’endroit étant devenu particulièrement insalubre… Mais de mystérieux phénomènes ont lieu depuis quelques temps. Des enfants qui ont des fractures inexpliquées pendant leur sommeil, des bruits étranges, … Persuadée que quelque chose d’anormal est caché derrière tout ça, Amy va mener son enquête (malgré les réticences de ses collègues et supérieurs) et tout faire pour protéger les enfants avant leur grand départ ! Son intérêt se porte d’abord sur une étrange petite fille solitaire prénommée Maggie. Après avoir sympathisé avec elle, celle-ci lui avoue qu’elle communique en secret avec une certaine «fille mécanique»… Pour rassurer les non amateurs d’hémoglobine fraîche, sachez que ce film a tout basé sur la suggestion et l’atmosphère très «maison hantée» ! Et ça marche ! Pourquoi ? D’abord, le lieu. Un hôpital délabré et isolé qui se vide peu à peu de ses occupants… Vous ne trouverez pas meilleur cadre pour une histoire de fantôme ! Ensuite, la photographie. Des couleurs oscillant entre un bleu nuit crépusculaire et un blanc immaculé (hôpital oblige)… Un régal pour les yeux comme pour les nerfs ! Enfin, la mise en scène et la réalisation ne laissent rien filtrer avant un certain temps, laissant la découverte du fameux fantôme (terrifiant !) arriver tard dans le film et faire son effet ! Mais rassurez-vous, certaines scènes sont très angoissantes et permettent au spectateur de tenir en haleine jusque-là ! Les autres points forts du film sont l’interprétation (Calista Flockhart est fantastique dans son rôle de femme fragile et forte à la fois et Richard Roxburgh – un acteur assez médiocre habituellement – offre ici sa meilleure composition, sobre, délicate et nuancée), la B.O. (subtile, discrète et ensorcelante) et bien sûr le scénario, aussi malin que captivant ! De plus, Fragile aborde (sans toutefois non plus aller très loin) de nombreux thèmes essentiels comme l'enfance et ses besoins vis-à-vis du monde des adultes, la famille, la communication, la solitude, ... Si je devais conseiller un film d’ «horreur» à quelqu’un qui n’aime pas le genre et qui se sent mal à l’aise avec le sang et les «gros sabots» employés par les œuvres habituelles, Fragile serait sans aucun doute le premier titre qui me viendrait à l’esprit ! Subtil, focalisant l’attention du spectateur sur l’atmosphère spectrale et les relations humaines (les personnages sont très bien développés sur le plan psychologique) plutôt que sur la violence «bête et méchante», pourvu d’un scénario qui se rapproche davantage du polar fantastique que du film d’horreur, le long métrage de Balaguero est une sorte de passerelle invitant le spectateur néophyte et/ou réfractaire à comprendre ce qu’est un film d’épouvante (et pas d’horreur !) et à savoir l’apprécier. Mais malgré tout ça, Fragile n’en demeure pas moins un film tendu et angoissant qui peut effrayer les âmes les plus sensibles et les jeunes enfants ! Enfin, et pour terminer de tenter de convaincre les derniers irréductibles opposants aux films d’horreur, Fragile met aussi en avant une magnifique histoire d’amour (pas au sens basique du terme) entre une femme en pleine reconstruction psychologique et une petite fille esseulée en manque total de repère et de confiance en elle… Un chef-d’œuvre aussi angoissant qu’émouvant !