Petite routine (de Matthieu Van Eeckhout)
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Aujourd’hui, petite pause détente avec un court-métrage d’animation magnifiquement réalisé ! Petite routine met en scène un personnage un peu bizarre qui parle de son métier en nous expliquant que celui-ci est en pleine mutation et que son côté "traditionnel" et artisanal se perd un peu avec l’arrivée des nouvelles technologies… Lui préfère se concentrer sur l’essentiel: une bonne présentation, de bonnes relations avec la clientèle, la qualité du matériel (même si ça coûte cher), … Mais au fait… Quel est le métier de ce brave et curieux "auto-entrepreneur" ? Et bien ça, je ne peux pas vous le dire… Puisqu’il s’agit de la chute de ce très beau film d’animation récompensé (à juste titre) par de nombreux prix ! Sous des allures de simple divertissement se cache une œuvre qui nous fait réfléchir sur les notions de travail, de création (artisanale et artistique) et de respect du "client". Elle peut paraître un brin mélancolique par moments, notamment lorsqu’elle évoque le travail comme une sorte d’enfermement rituel, une "petite routine". En fait, il est possible d’avoir deux lectures assez différentes (mais pas incompatibles, nuance) de ce court-métrage: soit vous le regardez comme une œuvre satirique (n’ayons pas peur des mots !) aux légères senteurs désabusées, soit vous le dégustez comme une petite friandise comico-ludique. Dans tous les cas, il faut saluer la qualité de l’animation, la musique et l’univers sonore en général (la voix du protagoniste est géniale ! ! !), le scénario et la réalisation. Un grand merci à Matthieu Van Eeckhout et à une personne qui, indirectement, m’a permis de découvrir ce petit bijou d’animation !
Faire (de Gita Wolf, Ramesh Hengadi et Shantaram Dhadpe)
Véritable petit chef-d’œuvre que j’ai découvert il y a peu de temps grâce à mes collègues de travail (un grand merci à eux !), Faire est un modèle de ce que l’on peut appeler sans tiquer un «livre intelligent et éducatif». Il n’y a pas d’histoire à proprement parler… Il y a plutôt une Histoire, celle d’un peuple autarcique (autrement dit, dont le mode de vie est basé sur une économie de subsistance) vivant en Inde: les Warli. On y découvre leur quotidien: chasser, grimper, boire, cultiver, manger, jouer, dormir, … Des «choses de la vie» qui peuvent paraître banales à nos yeux… Et pourtant ! A force de banaliser et automatiser ces actions, nous en avons perdu le sens profond ! Si ce livre se destine «officiellement» aux plus jeunes (c’est une sorte d’imagier), les adultes peuvent également le réceptionner, mais d’une autre manière… Comme un ouvrage qui nous montre que la simplicité de la vie et la communion avec la nature (les Warli sont très liés aux animaux) sont devenues de lointaines préoccupations dans notre «société»… Triste miroir ! Prendre le temps de vivre, d’apprécier les petites joies simples de la vie, se recentrer sur soi-même, … Tout ça est devenu futile dans l’esprit de la plupart des gens. Pire ! Nombreux sont ceux qui trouvent cela risible ! … … Ce qui me fait dire que nombreux sont ceux qui n’ont rien compris à la vie ! A l’heure actuel, l’homme «occidental» survit plus qu’il ne vit… Le rythme de vie dans lequel il s’est lui-même fourvoyé ne lui autorise pratiquement plus de moments véritables de sérénité, de paix et d’apaisement. Faire se charge de nous (aux adultes, bien sûr) rappeler cela non pas à la manière d’un accusateur (contrairement à ce que le ton de ma chronique peut suggérer), mais plutôt à celle d’un guide spirituel, un guide fou qui ose croire encore à l’harmonie entre l’homme et la nature ! Côté technique, le livre se révèle tout aussi intéressant, riche et surprenant ! Entièrement réalisé à la main (chaque page de chaque exemplaire de Faire est imprimée à la main ce qui rend chaque exemplaire unique… Rien que ça !), Faire propose de superbes sérigraphies blanches (le blanc étant la seule couleur avec laquelle les Warli eux-mêmes dessinent, une couleur blanche préparée à base de riz) sur du papier recyclé de couleur brun clair (écorces de bois et cosses de riz, entre autres, ont servi à la fabrication de ce papier). L’objet-livre s’avère du coup très agréable au toucher et même à l’odeur ! Tout ceci explique son prix un peu élevé (18 euros) mais qui reste cependant assez raisonnable. Concrètement, l’ouvrage est constitué de plusieurs double-pages. Chacune d’entre elles propose un ou deux mot(s), des verbes d’action de la vie quotidienne (dormir, manger, …), illustré(s) par des dessins simples (mais aux détails foisonnants) basés sur des formes géométriques claires (les Warli dessinent avec trois formes géométriques: le triangle, le rond et le carré). Faire est un ouvrage qui plaira aux jeunes enfants par son originalité graphique et la multitude de détails qu’ils pourront s’amuser à chercher. Les adultes ne seront pas en reste et chacun verra dans ce livre le reflet de sa vie désincarnée, loin de toute saine simplicité. Les deux camps découvriront un peuple, les Warli, capable de se suffire à lui-même et de vivre harmonieusement avec la nature… Bel espoir pour notre société occidentale malheureusement loin d’être prête à saisir l’utilité (et à vouloir saisir l’utilité) de cette magnifique leçon de vie !

Mystery Men (de Kinka Usher)
Bien avant l’excellent Kick-Ass, un film mettait déjà en scène une bande de loosers se prenant pour des super-héros... Un film qui était lui aussi adapté d'un comics... Mystery Men ! A Champion City, les méchants ne font plus la loi depuis que le Capitaine Admirable a éliminé ou arrêté tous les grands super-vilains locaux… Le problème, c’est qu’il a trop bien fait son job ! En effet, sans super-vilain à combattre, aucune occasion de briller en public et redorer son blason ! Pour freiner la chute de sa cote de popularité, il fait libérer son pire ennemi… L’excentrique Casanova Frankenstein ! Après tout, quoi de mieux pour le relancer qu'une confrontation épique avec son adversaire de toujours ? Mais sa vanité va lui être fatale... Son plan dérape totalement lorsque ce dernier le piège et le met hors d’état de nuire ! Champion City se retrouve alors livrée à elle-même… Non ! Il existe un espoir ! Quelques habitants en marge de la société (chômeurs ou travailleurs aux faibles revenus, habitant encore chez maman pour certains, "schizophrènes" pour d’autres, solitaires, …) ont formé une petite bande de super-héros aux pouvoirs… Heuuu… Ben c’est ça le problème ! … … Ils n’ont pas vraiment de pouvoirs ! Pire: ils croient vraiment qu’ils en ont ! Parmi eux, nous avons Monsieur Furieux, qui s’énerve super fort quand il n’est pas content (… : / ), Le Fakir Bleu, qui n’a rien de bleu et qui lance… des couverts ( ! ), La Pelle, qui manie une pelle (sans commentaire…), La Boule, une fille qui lance une boule de bowling sur ses adversaires (à savoir, elle a mis le crâne de son défunt papa dans sa boule de bowling et lui parle encore de temps en temps…), le Spleen, dont je préfère vous taire le pouvoir "nauséabond", et enfin Le Sphinx, le "mentor" de l’équipe qui est juste… très mystérieux (c’est son pouvoir…)… Mais je vous garde le meilleur pour la fin: L’Invisible ! Son pouvoir: il peut se rendre invisible… Seulement si personne ne le regarde ! ^^ Champion City a du souci à se faire… Mystery Men est une énorme farce qui parodie non seulement les films de super-héros mais également les films d’action et d’espionnage (James Bond a Q, les Mystery Men ont le Dr Heller…). Si les gentils sont ridicules, les méchants ne sont pas en reste ! Casanova Frankenstein est un cliché ambulant du super-vilain, croisement entre un savant fou et un dandy efféminé; ses bras droits, Tony P. et Tony C., refusent catégoriquement de reconnaître que le disco est mort; … Très décalé et second degré (au moins !), le film joue habilement sur les codes du genre: Le Sphinx abuse des aphorismes et des phrases mystérieuses et sentencieuses (l’archétype ridicule du "sage" de service tel qu’on le voit dans beaucoup de films qui se prennent malheureusement trop au sérieux), les sentiments sont volontairement exacerbés par une interprétation savamment surjouée et une B.O. aux envolées musicales moqueuses afin de dénoncer toutes les situations-clichés de ce type de films (le super-héros tiraillé entre sa famille et son rôle de sauveur [La Pelle], le super-héros qui doit prendre confiance en lui pour se révéler et devenir un leader incontestable [Monsieur Furieux], le super-héros qui souhaite assouvir une vengeance personnelle [La Boule], le super-héros qui a la foi et qui croit en son rôle envers et contre tout [Le Fakir Bleu et L’Invisible], le super-héros qui veut se faire aimer de ses camarades à n’importe quel prix pour briser sa solitude ou tout au moins sa marginalisation [Le Spleen], …), les scènes d’action et les duels sont souvent très grotesques de manière à souligner l’invraisemblance outrancière et récurrente qui caractérise le même genre de scènes dans des films dits "sérieux" (le passage où nos braves héros vandalisent la voiture de Casanova Frankenstein est une parfaite illustration de ce que j'avance, idem concernant celui qui montre la terrible "attaque du doigt" de ce même Casanova Frankenstein), … Hilarant de bout en bout, Mystery Men doit sa réussite à son exceptionnelle distribution (notamment Ben Stiller, William H. Macy, Wes Studi et le toujours excellent Geoffrey Rush) et à ses dialogues géniaux. Ma réplique préférée restant de loin le fameux "Le disco n’est pas mort ! ! ! Le disco, c’est la vie !" lancé par un Tony P. fulminant… Tout simplement irrésistible ! Sous des tonnes de maquillages parodiques se cache cependant un message intéressant délivré par le film: la confiance en soi (ou l’estime de soi, peu importe) peut permettre de soulever des montagnes ! Une vérité qui peut paraître évidente… Une vérité dans tous les cas importante ! A conseiller uniquement aux amateurs d’humour parodique, décalé et absurde !
Bunny (de Chris Wedge)
Petite pause "détente" après deux chroniques sur des films assez "complexes"… Je vais vous parler d’un très beau et très émouvant court-métrage d’animation écrit et réalisé par Chris Wedge (L’Age de glace, Robots): Bunny ! Comme son nom l’indique, ce petit bijou d’environ sept minutes met en scène une lapine veuve très âgée qui tente tant bien que mal de réaliser un gâteau aux carottes malgré le gros papillon de nuit qui la gêne… Plusieurs thèmes sont abordés: le troisième âge, la solitude, le deuil et la mort… Oui, je sais… C’est pas très gai tout ça ! Et pourtant… Il flotte comme un parfum de légèreté et sérénité mêlées grandissant au fur et à mesure que l’histoire progresse ! On peut interpréter la fin de l’histoire (à partir de la scène du four) de trois manières différentes: au premier niveau d'analyse, en considérant que notre vieille héroïne a tout simplement trouvé un passage secret menant à un univers mystérieux ou parallèle qui lui permet de rejoindre son défunt mari (un peu à la manière d’un film fantastique) ; ou au deuxième niveau d'analyse, en se disant que la protagoniste fait un rêve dans lequel elle rejoint son cher et tendre lapin disparu (c'est plausible puisqu'on la voit s'endormir près du four... Et lorsqu'elle se "réveille", la scène du four commence...) ; ou enfin au troisième niveau d'analyse, en regardant toute la scène finale comme une métaphore du passage de vie à trépas d’un individu (le four qui ressemble à un tunnel avec la fameuse "lumière" au bout, les papillons de nuit semblables à des anges ou des âmes "en transit", …). Certaines personnes ont été plus loin dans l’interprétation et proposent une quatrième solution, plus "dure" et plus discutable… Mais pas si inintéressante pour autant ! On peut voir dans le geste de cette lapine une tentative de suicide… Peu de temps avant d’entrer dans le four, on la surprend en train de regarder avec une profonde tristesse sa photo de mariage. Durant ce très très court instant, on peut sentir toute la solitude et l’amertume qui pèsent sur elle depuis la disparition de son époux ! De même, lorsqu’elle s’énerve contre ce drôle de papillon, on ressent chez elle une certaine agressivité et un ras-le-bol… On peut penser que sa cible est tout simplement ce papillon qui l’empêche de faire son gâteau… Mais j’ai parfois eu l’impression que cette agressivité et ce ras-le-bol ne se focalisaient pas seulement sur cet étrange insecte nocturne… Mais sur la vie en général, une vie bien trop longue lorsqu’il s’agit de la vivre seul(e), loin de l’être aimé, hanté(e) par les souvenirs… D'ailleurs, ce mystérieux papillon de nuit "insistant" n'est-il pas finalement le reflet ou l'image de tristes souvenirs encore trop présents dans le coeur de notre chère lapine ? Des souvenirs dont elle aimerait se débarrasser ou, tout au moins, qu'elle aimerait ressentir de manière moins douloureuse... Personnellement, je pense que Bunny est un magnifique film d’animation parlant avant tout de la solitude des personnes en fin de vie, du deuil et de l’immortalité du vrai amour. Et lorsque l’on entend le magnifique air entonné par la voix chaude et graveleuse du talentueux Tom Waits lors du générique de fin, l’émotion monte alors encore d’un cran pour toucher le spectateur au plus profond de son âme et le laisser songeur et perplexe… Un Oscar du meilleur court-métrage d’animation 1998 amplement mérité !
Daratt - saison sèche - (de Mahamat Saleh Haroun)
Daratt est un diamant brut. Il aurait fallu le polir davantage pour le rendre plus beau, pour lui donner une apparence plus travaillée (deux points d’ordre "technique" sont tout de même très positifs: la photographie, qui met en valeur la beauté du continent africain, et l’interprétation, sobre et juste)… Mais, en même temps, le faire aurait été un sacrilège ! Car tout l’intérêt de ce film est dans son aspect "sauvage" (dans le bon sens du terme, bien sûr). Atim, un adolescent tchadien, se voit confier une mission par son grand-père: retrouver l’assassin de son père et le tuer ! Depuis son village dans le désert jusqu’à N’Djaména (la capitale du Tchad), Atim rumine et prépare sa vengeance… Il retrouve très rapidement la trace de cet ancien criminel de guerre et découvre qu’il mène à présent une vie paisible et rangée, partagée entre sa famille et sa boulangerie. Pour s’approcher du meurtrier de son père, le jeune homme se fait embaucher comme apprenti boulanger… La suite ! La suite ! Pour connaître la suite de l’histoire, je vous invite fortement à regarder ce magnifique film ! D’abord, Daratt se passe dans un pays, le Tchad, dotée d’une Histoire forte (nombreuses guerres civiles entrecoupées de "cessez-le-feu"). Et si le contexte historique de l’œuvre nous plonge dans une période de "trêve", c’est pour mieux nous poser cette question: comment retrouver une vie "normale" avec son ennemi (vivre à nouveau en société avec lui) après une période de guerre civile ? Une autre question me vient tout de suite à l’esprit: comment des gens comme nous, loin de ces problèmes, pouvons répondre à cette question ? Réponse : on ne peut pas… Mais on applaudit la démarche qui conduit cette œuvre à poser une question d’ordre philosophique à partir d’une situation historique concrète ! L’autre sujet qui découle de cette première interrogation est celui du pardon… Attention, spoiler ! Atim va peu à peu apprendre à pardonner au meurtrier de son père en le côtoyant. La rédemption de Nassara, sa "cible", va conduire notre jeune héros vers sa propre rédemption ! Son désir de vengeance va se briser contre la sagesse de ce criminel repenti qui va apparaître aux yeux d'Atim comme une victime essayant tant bien que mal d’oublier la guerre. C’est grâce à cette nouvelle facette d’un homme qu’il ne connaissait pas (il le fantasmait comme un guerrier sanguinaire, "endoctriné" par son grand-père) qu’Atim va véritablement comprendre toute la complexité de la guerre… Il n’y a pas les méchants et les gentils ! Non… Il y a des hommes qui ont été dépossédés de leurs vies pour être envoyés au front (par une petite poignée de fous) et qui tuent d’autres hommes qui leurs ressemblent en tout point ! C’est ça la guerre, aussi absurde que véridique ! Si les thèmes du pardon et de la guerre (abordés de pair) sont importants, n’oublions pas deux autres thèmes essentiels: le passage de la jeunesse à l’âge adulte et le retour à la terre. Eux aussi sont traités de pair. Si Atim découvre les vrais visages de la guerre, de la rédemption et de la sagesse à travers Nassara, il va aussi découvrir en lui un père de substitution qui va remplacer ce "mort" qu’il n’a jamais connu… Et grâce à cette figure paternelle, Atim va pouvoir avancer sur le chemin de la vie ! Jusqu’ici, il avait été élevé pour être le bras armé de la vengeance nourrie par son grand-père. Avec Nassara, il va découvrir la vie en société (le respect des règles, …), les vertus du travail (à travers son apprentissage de la boulangerie), … Et c’est là que le lien se fait: la boulangerie est décrite, à juste titre, comme un art noble défendant l’idée plus qu’intéressante que le travail de la terre est une échappatoire à la souffrance morale et physique. Il permet de se recentrer sur soi-même et les vraies priorités de la vie d’un homme ! La rédemption et la paix par la boulangerie… J’en vois certains sourire… Pourtant, j’adore cette idée et je la trouve pleine de bon sens ! Si Atim ne commet pas l’irréparable, c’est parce qu’il a compris que la vengeance n’est pas la voie à suivre pour vivre harmonieusement, en paix avec soi-même. Le peu d’éducation dispensée par Nassara lui a ouvert les yeux sur la vérité de la vie: penser à son bien-être pour pouvoir comprendre et aimer autrui. Alors d’accord… Je concède que notre ami Atim passe un peu vite du désir de vengeance au désir de pardon. Mais ce que Daratt perd en réalisme par cette "démonstration accélérée", il le gagne en humanité et en espoir ! Le pardon est possible pourvu que l’on sache écouter et voir, tout simplement. Et ça, nous pouvons toutes et tous le faire !
Le Mariage de Tuya (de Wang Quan'an)
L’Ours d’or ne faillit pratiquement jamais à sa réputation ! Le Mariage de Tuya fait tout à fait honneur à ce prestigieux trophée du cinéma, bien loin devant les Césars et les Oscars (à l’exception de l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, très souvent de qualité). Le scénario de ce film chinois est le suivant: une famille de fermiers vivant en Mongolie Intérieure (une région qui, contrairement à ce que son nom indique, fait partie de la Chine) a énormément de mal à subvenir à ses besoins "primaires". Dans des conditions géographiques aussi délicates que celles que peut offrir le fameux Désert de Gobi, la survie se gagne à la sueur du front ! Tuya, la femme et mère du foyer, travaille seule pour mener à bien un élevage d’une centaine de moutons depuis que Bater, son mari, est devenu handicapé à la suite d’un accident… Mais la recherche de pâturages et autres tâches relatives à ce type de travail commencent à fatiguer cette courageuse femme. Son mari lui propose alors de divorcer et de se mettre à la recherche d’un nouveau mari qui pourra l’aider financièrement et matériellement. Tuya, au départ très réticente à cette idée et refusant de baisser les bras, se laisse peu à peu convaincre par Bater. Mais à une seule condition: son nouveau mari devra accepter de prendre en charge non seulement les "affaires" de sa famille (dettes, élevage de moutons, …) mais également sa famille elle-même ! Ce qui signifie ses enfants et Bater… Sacré scénario, n’est-ce pas ? Cette merveilleuse histoire d'amour aux allures de carte postale géante ferait presque oublier l’importance des thèmes qu’elle traite tant les images de cette région aride sont magnifiques et nous montrent que la nature peut être aussi éblouissante que dangereuse ! Le Mariage de Tuya aborde le thème de la ruralité de manière quasi documentaire, montrant toutes les difficultés auxquelles sont confrontées les personnes vivant dans des endroits aussi extrêmes. Le film aborde également une chose plus insidieuse: la perte progressive (ou l’oubli progressif, si vous préférez) des traditions au profit du modernisme. Attention, soyons clairs: le modernisme et la modernité sont deux choses bien différentes ! Le modernisme est, en gros, le goût pour tout ce qui s’apparente au moderne… Peu importe son utilité ou son intérêt "moral" pour la société. La recherche bête et méchante du progrès pour ce qu’il a de nouveau, de "branché" et de bénéficiaire, en somme. La modernité, elle, est en soi une notion plus noble. Elle a pour but la recherche du bien-être de la société par des moyens novateurs. Et c’est là que le film est fort: il défend l’idée honorable et salutaire que les traditions doivent être respectées et préservées pour le bien de tous. Les traditions font partie de la richesse d’un peuple, d’une nation, et sont une marque capitale de modernité ! Contrairement à ce que peuvent penser beaucoup de personnes ! L’auteur de l'oeuvre nous montre une société de plus en plus industrialisée qui détruit ostensiblement un style de vie ancestral sans faire l’effort de le comprendre, encore moins de le respecter (tous nos ancêtres étaient nomades, ne l'oublions pas ! Après tout, c'est la sédentarisation qui n'est pas naturelle !)... Mais cette situation ne touche pas uniquement la Chine… Un miroir serait bien utile à l’Europe, à la Russie et aux Etats-Unis dans le même domaine ! De ce propos précis développé par Le Mariage de Tuya découle logiquement une autre réflexion qui demeure cependant un peu plus en retrait: les traditions sont d’autant plus empreintes de modernité qu’elles peuvent (et doivent) jouer un rôle majeur dans la préservation de l’environnement ! L’écologie ! Je sais, c’est ma marotte… Mais bon… C’est important, non ? Je prône un retour à la terre, loin du petit confort moderne dans lequel l’homme "d'aujourd'hui" s’est peu à peu enfermé. Je suis persuadé que la seule solution durable à long terme réside dans un tel changement radical de mode de vie. Un retour à certaines traditions (je ne dis pas toutes les traditions, beaucoup d’entre elles relevant plus de la barbarie qu’autre chose…) serait une marque de progrès, de modernité, qui permettrait à l’homme de vivre plus harmonieusement avec la nature, mais aussi avec lui-même. Tout simplement. Pour terminer, parlons rapidement des aspects techniques du film: une magnifique photographie (ce film donne envie de voyager, de partir à l’aventure !), une interprétation juste et sincère (il faut savoir que la plupart des acteurs du film sont des amateurs qui ont connu – et connaissent encore ? – une vie de berger ou de paysan), un scénario astucieux et intelligent, une réalisation impeccable, … En six mots: un film qui force le respect !
La Sortie de l'Usine Lumière à Lyon (d'Auguste et Louis Lumière)
La Sortie de l'Usine Lumière à Lyon
Version 1
Version 2
Version 3 (celle qui fut projetée en public le 28 décembre 1895 à Paris)
Attention: voici tout simplement le premier film projeté en public dans une salle de cinéma… Rien que ça ! Cela nous ramène bien loin en arrière, en 1895 pour être précis ! ! ! Toute jeune invention fraîchement éclose, le cinéma allait grâce à ce film d’environ 40 à 50 secondes (il y a un début à tout ! ^^) s’ouvrir un infime passage dans la sphère artistique dominée à l’époque par la littérature, la musique et la peinture. Depuis, il a gagné ses lettres de noblesse pour devenir celui que l’on nomme communément le "septième art". Pourtant, artistiquement parlant, La Sortie de l’usine Lumière à Lyon ne propose pratiquement rien ! Force est de le constater. Outre son immense (le mot est faible !) contribution historique, quel est l’intérêt de cette œuvre ? Il y en a un… Notez qu’il s’agit d’un documentaire, et non d’une fiction ! Et les célèbres frères Lumière immortalisèrent leurs propres employés pour l’occasion. Peut-on parler d’hommage pour autant ? Où était-ce une "solution de facilité" pour les deux inventeurs du cinéma ? Pas sûr qu’on le sache vraiment un jour… C’est peut-être les deux, qui sait ? Quoi qu’il en soit, ce film a posé les bases du documentaire tel qu’on le connaît encore aujourd’hui, 116 ans après ! Soyez attentifs. Cette "sortie d’usine" n’a rien de bien naturel… Déjà, elle se fait bien rapidement, chose assez curieuse… Mais bon, admettons. Après tout, moi aussi je suis pressé de sortir de mon boulot en fin de journée ! ^^ Non, le problème réside dans les vêtements ! Vous croyez que les employés de l’époque s’habillaient aussi bien pour aller travailler à l’usine ? Non, non… En fait, il existe trois versions de ce film. Et seule la première (pas trouvée en vidéo, désolé TT) aurait été tournée dans des conditions réelles. Nos chers frères auraient demandé à leurs employés de revenir un dimanche après la messe pour réaliser les deux autres versions, et ce plusieurs mois après le tournage de l’originale. Autre chose: les employés sortent de l’usine de manière un peu trop "enjouée", rangée et proprette à mon goût (un coup à gauche, un coup à droite, un coup à gauche, …) ! Peu de regards vers la caméra… Pas très naturel, tout ça ! On sent que des consignes ont été données par les réalisateurs. Du genre: "Faites-nous une sortie d’usine dynamique, qui respire la joie de vivre, qui dit au spectateur que vous aimez votre travail !"… Après tout, ce serait assez crédible ! Les frères Lumière savaient que la troisième version de ce film serait projetée en public (le 28 décembre 1895, première projection publique payante de l’histoire !) et que l’accueil de la presse et du "Tout-Paris" serait capital pour l’avenir du cinéma et de leur entreprise ! Autant, par conséquent, montrer une usine bien dans sa peau, conquérante ! C’est, je trouve, l’image que donne ce petit court-métrage (surtout dans sa troisième forme) ! Mais une question: peut-on donc légitimement parler de documentaire dans ce cas ? … … … Et bien, selon moi, oui, oui, et re-oui ! Car il n’existe aucun documentaire au monde qui peut oser affirmer son entière objectivité (de toute façon, ça n’existe pas l’objectivité… QU’ON SE LE DISE ! ! ! ! !). Le seul documentaire s’approchant très vaguement du concept d’objectivité est selon moi le terrifiant Notre pain quotidien… Et encore ! Je reparlerai de ce film dans un prochain article. Les frères Lumière avaient "compris" (ou plutôt subi) bien malgré eux la règle de base du documentaire: ce ne sont pas les yeux qui filment, mais le cerveau ! Dès que vous prenez une caméra et que vous la tournez vers quelque chose de précis, vers une cible bien définie, toute objectivité est perdue. Peut-on faire autrement que de filmer subjectivement ? C’est évident que non ! En fait, tout film, fiction ou documentaire, tire vers la "propagande" (bonne ou mauvaise). Le tout est de l’accepter ! Luis Buñuel avait tout à fait compris cela avec son merveilleux et incroyablement subtil Terre sans pain (mon documentaire préféré !) sur lequel je reviendrai également dans un futur article. Finalement, cette œuvre n’est pas si innocente que ça… Tout dépend comment vous la regardez: en tant que "monument historique", elle fascine et nous permet de toucher le passé du bout des doigts avec une certaine émotion; en tant que documentaire, elle interpellait déjà et nous interpelle encore sur la valeur informative de ce type de film et, plus généralement, le pouvoir manipulateur des images auquel personne ne peut échapper !











