Le Mariage de Tuya

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L’Ours d’or ne faillit pratiquement jamais à sa réputation ! Le Mariage de Tuya fait tout à fait honneur à ce prestigieux trophée du cinéma, bien loin devant les Césars et les Oscars (à l’exception de l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, très souvent de qualité). Le scénario de ce film chinois est le suivant: une famille de fermiers vivant en Mongolie Intérieure (une région qui, contrairement à ce que son nom indique, fait partie de la Chine) a énormément de mal à subvenir à ses besoins "primaires". Dans des conditions géographiques aussi délicates que celles que peut offrir le fameux Désert de Gobi, la survie se gagne à la sueur du front ! Tuya, la femme et mère du foyer, travaille seule pour mener à bien un élevage d’une centaine de moutons depuis que Bater, son mari, est devenu handicapé à la suite d’un accident… Mais la recherche de pâturages et autres tâches relatives à ce type de travail commencent à fatiguer cette courageuse femme. Son mari lui propose alors de divorcer et de se mettre à la recherche d’un nouveau mari qui pourra l’aider financièrement et matériellement. Tuya, au départ très réticente à cette idée et refusant de baisser les bras, se laisse peu à peu convaincre par Bater. Mais à une seule condition: son nouveau mari devra accepter de prendre en charge non seulement les "affaires" de sa famille (dettes, élevage de moutons, …) mais également sa famille elle-même ! Ce qui signifie ses enfants et Bater… Sacré scénario, n’est-ce pas ? Cette merveilleuse histoire d'amour aux allures de carte postale géante ferait presque oublier l’importance des thèmes qu’elle traite tant les images de cette région aride sont magnifiques et nous montrent que la nature peut être aussi éblouissante que dangereuse ! Le Mariage de Tuya aborde le thème de la ruralité de manière quasi documentaire, montrant toutes les difficultés auxquelles sont confrontées les personnes vivant dans des endroits aussi extrêmes. Le film aborde également une chose plus insidieuse: la perte progressive (ou l’oubli progressif, si vous préférez) des traditions au profit du modernisme. Attention, soyons clairs: le modernisme et la modernité sont deux choses bien différentes ! Le modernisme est, en gros, le goût pour tout ce qui s’apparente au moderne… Peu importe son utilité ou son intérêt "moral" pour la société. La recherche bête et méchante du progrès pour ce qu’il a de nouveau, de "branché" et de bénéficiaire, en somme. La modernité, elle, est en soi une notion plus noble. Elle a pour but la recherche du bien-être de la société par des moyens novateurs. Et c’est là que le film est fort: il défend l’idée honorable et salutaire que les traditions doivent être respectées et préservées pour le bien de tous. Les traditions font partie de la richesse d’un peuple, d’une nation, et sont une marque capitale de modernité ! Contrairement à ce que peuvent penser beaucoup de personnes ! L’auteur de l'oeuvre nous montre une société de plus en plus industrialisée qui détruit ostensiblement un style de vie ancestral sans faire l’effort de le comprendre, encore moins de le respecter (tous nos ancêtres étaient nomades, ne l'oublions pas ! Après tout, c'est la sédentarisation qui n'est pas naturelle !)... Mais cette situation ne touche pas uniquement la Chine… Un miroir serait bien utile à l’Europe, à la Russie et aux Etats-Unis dans le même domaine ! De ce propos précis développé par Le Mariage de Tuya découle logiquement une autre réflexion qui demeure cependant un peu plus en retrait: les traditions sont d’autant plus empreintes de modernité qu’elles peuvent (et doivent) jouer un rôle majeur dans la préservation de l’environnement ! L’écologie ! Je sais, c’est ma marotte… Mais bon… C’est important, non ? Je prône un retour à la terre, loin du petit confort moderne dans lequel l’homme "d'aujourd'hui" s’est peu à peu enfermé. Je suis persuadé que la seule solution durable à long terme réside dans un tel changement radical de mode de vie. Un retour à certaines traditions (je ne dis pas toutes les traditions, beaucoup d’entre elles relevant plus de la barbarie qu’autre chose…) serait une marque de progrès, de modernité, qui permettrait à l’homme de vivre plus harmonieusement avec la nature, mais aussi avec lui-même. Tout simplement. Pour terminer, parlons rapidement des aspects techniques du film: une magnifique photographie (ce film donne envie de voyager, de partir à l’aventure !), une interprétation juste et sincère (il faut savoir que la plupart des acteurs du film sont des amateurs qui ont connu – et connaissent encore ? – une vie de berger ou de paysan), un scénario astucieux et intelligent, une réalisation impeccable, … En six mots: un film qui force le respect !