La Sortie de l'Usine Lumière à Lyon

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Version 1

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Version 2


Version 3 (celle qui fut projetée en public le 28 décembre 1895 à Paris)


Attention: voici tout simplement le premier film projeté en public dans une salle de cinéma… Rien que ça ! Cela nous ramène bien loin en arrière, en 1895 pour être précis ! ! ! Toute jeune invention fraîchement éclose, le cinéma allait grâce à ce film d’environ 40 à 50 secondes (il y a un début à tout ! ^^) s’ouvrir un infime passage dans la sphère artistique dominée à l’époque par la littérature, la musique et la peinture. Depuis, il a gagné ses lettres de noblesse pour devenir celui que l’on nomme communément le "septième art". Pourtant, artistiquement parlant, La Sortie de l’usine Lumière à Lyon ne propose pratiquement rien ! Force est de le constater. Outre son immense (le mot est faible !) contribution historique, quel est l’intérêt de cette œuvre ? Il y en a un… Notez qu’il s’agit d’un documentaire, et non d’une fiction ! Et les célèbres frères Lumière immortalisèrent leurs propres employés pour l’occasion. Peut-on parler d’hommage pour autant ? Où était-ce une "solution de facilité" pour les deux inventeurs du cinéma ? Pas sûr qu’on le sache vraiment un jour… C’est peut-être les deux, qui sait ? Quoi qu’il en soit, ce film a posé les bases du documentaire tel qu’on le connaît encore aujourd’hui, 116 ans après ! Soyez attentifs. Cette "sortie d’usine" n’a rien de bien naturel… Déjà, elle se fait bien rapidement, chose assez curieuse… Mais bon, admettons. Après tout, moi aussi je suis pressé de sortir de mon boulot en fin de journée ! ^^ Non, le problème réside dans les vêtements ! Vous croyez que les employés de l’époque s’habillaient aussi bien pour aller travailler à l’usine ? Non, non… En fait, il existe trois versions de ce film. Et seule la première (pas trouvée en vidéo, désolé TT) aurait été tournée dans des conditions réelles. Nos chers frères auraient demandé à leurs employés de revenir un dimanche après la messe pour réaliser les deux autres versions, et ce plusieurs mois après le tournage de l’originale. Autre chose: les employés sortent de l’usine de manière un peu trop "enjouée", rangée et proprette à mon goût (un coup à gauche, un coup à droite, un coup à gauche, …) ! Peu de regards vers la caméra… Pas très naturel, tout ça ! On sent que des consignes ont été données par les réalisateurs. Du genre: "Faites-nous une sortie d’usine dynamique, qui respire la joie de vivre, qui dit au spectateur que vous aimez votre travail !"… Après tout, ce serait assez crédible ! Les frères Lumière savaient que la troisième version de ce film serait projetée en public (le 28 décembre 1895, première projection publique payante de l’histoire !) et que l’accueil de la presse et du "Tout-Paris" serait capital pour l’avenir du cinéma et de leur entreprise ! Autant, par conséquent, montrer une usine bien dans sa peau, conquérante ! C’est, je trouve, l’image que donne ce petit court-métrage (surtout dans sa troisième forme) ! Mais une question: peut-on donc légitimement parler de documentaire dans ce cas ? … … … Et bien, selon moi, oui, oui, et re-oui ! Car il n’existe aucun documentaire au monde qui peut oser affirmer son entière objectivité (de toute façon, ça n’existe pas l’objectivité… QU’ON SE LE DISE ! ! ! ! !). Le seul documentaire s’approchant très vaguement du concept d’objectivité est selon moi le terrifiant Notre pain quotidien… Et encore ! Je reparlerai de ce film dans un prochain article. Les frères Lumière avaient "compris" (ou plutôt subi) bien malgré eux la règle de base du documentaire: ce ne sont pas les yeux qui filment, mais le cerveau ! Dès que vous prenez une caméra et que vous la tournez vers quelque chose de précis, vers une cible bien définie, toute objectivité est perdue. Peut-on faire autrement que de filmer subjectivement ? C’est évident que non ! En fait, tout film, fiction ou documentaire, tire vers la "propagande" (bonne ou mauvaise). Le tout est de l’accepter ! Luis Buñuel avait tout à fait compris cela avec son merveilleux et incroyablement subtil Terre sans pain (mon documentaire préféré !) sur lequel je reviendrai également dans un futur article. Finalement, cette œuvre n’est pas si innocente que ça… Tout dépend comment vous la regardez: en tant que "monument historique", elle fascine et nous permet de toucher le passé du bout des doigts avec une certaine émotion; en tant que documentaire, elle interpellait déjà et nous interpelle encore sur la valeur informative de ce type de film et, plus généralement, le pouvoir manipulateur des images auquel personne ne peut échapper !