Coffee and cigarettes

Coffee_and_cigarettes

Voilà un film plus puissant qu'il n'y paraît ! Certes, on peut reprocher à Jarmusch d'user abusivement d'effets de style (dans beaucoup de ses films, d'ailleurs), mais force est de constater qu'il est l'un des rares réalisateurs à sonder aussi profondément l'âme humaine, ses bons et ses mauvais côtés. Jarmusch est un vrai sociologue ! Ce Coffee and cigarettes se démarque des autres oeuvres du réalisateur par la complétude de son analyse de la condition humaine: vacuité de l'existence (et des conversations), relations familiales, inégalités sociales, respect d'autrui et de la culture d'autrui, opposition entre convenances et sentiments véritables, divergences de points de vue et d'ambitions personnelles, réflexions sur l'amitié et ses nuances, réflexions sur la liberté et le temps, ... A travers ces 11 petites scènes "comiques" où diverses fortes personnalités partagent clopes et café, le film résume à merveille une idée tellement vraie: la communication (dans son sens le plus large) n'est pas une science exacte que l'homme sera réellement capable de maîtriser un jour. Elle est toujours différente selon les participant(e)s et révélatrice de malaises, de joies, d'accords et désaccords. Comme disait George Bernard Shaw: "The single biggest problem in communication is the illusion that it has taken place.". L'illusion de la communication... Côté technique, il faut souligner l’incroyable distribution: Roberto Benigni, Steve Buscemi, Iggy Pop, Tom Waits, Isaac de Bankolé, Cate Blanchett, Alfred Molina, Bill Murray, … La plupart sont des amis du réalisateur, connu pour faire tourner sa petite (mais excellente) bande ! Les décors et la photographie sont impressionnants et le noir et blanc est un choix des plus judicieux pour accentuer le côté à la fois profond et intime des conversations et des rencontres ! Coffe and cigarettes est un film réussi qui avait de grandes ambitions (apporter une définition de la condition humaine, révéler les enjeux permanents de la communication, …) et qui, au final, est très loin d’être décevant et superficiel. L’un des meilleurs Jarmusch !