Comme Bruno Cremer il y a peu, Claude Chabrol est parti aujourd'hui à l'âge de 80 ans. Très productif, ce réalisateur français avait un style à la fois simple et percutant, allant toujours à l'essentiel ! Je ne connais que très peu de films réalisés par cet homme qui semblait être un bon vivant... Mais il y avait une chose assez frappante chez lui, une chose qui avait l'air récurrente: un regard acerbe sur la bourgeoisie. Je tenais à lui rendre un humble hommage à travers deux films prodigieux que j'ai eu la chance de voir:

Que la bête meure

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Excellent thriller français s’il en est, Que la bête meure captive le spectateur de bout en bout et le plonge sans détour dans les méandres de la nature humaine. Cette histoire est terrible: un écrivain va tout faire pour retrouver le meurtrier de son fils (tué par un chauffard) et assouvir sa vengeance. Lorsqu’il le retrouve enfin après une enquête douloureuse, il découvre un garagiste malhonnête, détestable avec ses proches et que tout le monde hait. La légitimité de sa vengeance s’en trouve ainsi renforcée, d'autant plus que le jeune fils du "monstrueux" garagiste souhaite lui aussi la mort de cet odieux personnage qu’il ne considère plus comme son père… Alléchante intrigue, n’est-ce pas ? Plusieurs choses sont très intéressantes dans cette œuvre… Mais celle qui a le plus retenu mon attention concerne le personnage magnifiquement interprété par Michel Duchaussoy. Tentant à la fois de faire son deuil et mener sa vengeance à terme, le pauvre écrivain va peu à peu se transformer en chasseur manipulateur, calculateur et froid pour venir à bout de son horripilante "victime"… On le voit progressivement se déshumaniser et s’abaisser au niveau du personnage joué par Jean Yanne (vraiment excellent !) au point de laisser dans un premier temps le fils de ce dernier s’accuser du meurtre de "la bête". Mais de nombreux rebondissements surviennent… Tout au long du film, on sent le personnage de l’écrivain tiraillé entre son humanité, sa morale et son désir de vengeance, sa haine. Au final, c’est l’espoir qui l’emporte (chose curieuse et assez inattendue, je trouve, au regard de la sombre atmosphère du film) à travers les remords de l’écrivain et son humanité retrouvée ! Interprétation, réalisation, mise en scène, montage, … Tout concourt à faire de Que la bête meurt un film hors du commun ayant sa place dans le panthéon du cinéma français… Tout simplement !

Petit rajout du 13 mars 2012: Michel Duchaussoy vient de nous quitter à l'âge de 73 ans... Avec lui meurt un acteur complet (théâtre, cinéma, télé, ...) au jeu sobre et subtil. Je ne connais malheureusement pas bien sa carrière et je n'ai vu que très peu de films avec lui. Le seul ayant vraiment marqué votre serviteur est ce fameux Que la bête meure (voir la chronique ci-dessus) ! Je vous le recommande donc une nouvelle fois. Il s'agit d'un puissant long métrage qui m'a permis de découvrir ce merveilleux interprète qu'était (et restera) Michel Duchaussoy ! Paix à son âme...

Masques

Masques

Décidément, Claude Chabrol est un maître du thriller et son Masques le prouve aisément. Encore une histoire captivante (un homme prétexte vouloir écrire la biographie d’un célèbre animateur télé pour se rapprocher de lui et enquêter sur la disparition de sa sœur) servie par une distribution plus qu’à la hauteur (Philippe Noiret est tout simplement magistral ! ! !)… De nombreux thèmes sont traités avec intelligence: pouvoir, ambition, médias, nature humaine, … Cette œuvre très satirique et sombre permet à Philippe Noiret de s’illustrer une fois de plus, notamment lors de la géniale scène finale où son personnage est démasqué alors qu’il tourne une émission en direct ! S’ensuit un "monologue" jubilatoire de l’animateur qui déverse des flots de haine et de mépris sur son public, ultime marque de son pouvoir mourant… Ce personnage fait écho (ou tout au moins fait penser) à celui interprété quelques années auparavant par Michel Piccoli dans le film Le Prix du danger (d’Yves Boisset), autre monument du cinéma français. Passionnant, Masques vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière seconde avant de vous laisser partir hagard et songeur quant à la nature profonde de l’homme… Fascinant !

EN SAVOIR PLUS:

Pour ceux qui désirent en savoir plus sur la vie et l'excellente filmographie de Claude Chabrol, vous pouvez visiter les deux pages Internet ci-dessous:

Claude Chabrol - Allociné

Claude Chabrol - Wikipédia